Made In Heaven, 30 ans après : quand la fin devient éternelle
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Il y a 30 ans sortait le dernier album de Queen Made In Heaven. Du moins, le dernier avec Freddie Mercury, puisqu’il y a eu ensuite l’album Queen + Paul Rodgers.
Cet album posthume a été publié en 1995, trois ans après le décès de Freddie. Il contient les derniers enregistrements de 1991, mais aussi des titres retravaillés, initialement issus de projets solo :
- Heaven for Everyone, extrait de l’album de Roger Taylor avec The Cross (1988),
- Too Much Love Will Kill You, tiré de l’album solo de Brian May (1988) et je trouve que la version chantée par Freddie supplante celle de Brian,
- Made in Heaven et I Was Born to Love You, issus de Mr. Bad Guy, l’album solo de Freddie (1985), ces deux nouvelles versions sont beaucoup plus percutantes et entre dans une autre dimension. D'ailleurs, j'avais découvert les versions Made In Heaven avant les versions Mr. Bad Guy et j'étais très déstabilisé les premières fois ^^
Tous ces morceaux ont été réarrangés par Brian, Roger et John, avec un soin évident.
Je me suis replongé dans l’album pour cette chronique, et hormis My Life Has Been Saved qui me touche moins, je dois dire que l’ensemble reste très bon. De même, le titre gospel Let Me Live est génial et reste dans le plus pur esprit de Queen, qui a toujours pris le risque d’explorer différents styles musicaux — avec plus ou moins de réussite (coucou Hot Space !).
Mais cette fois, pas de chronique "titre par titre" : j’ai choisi de me concentrer sur les morceaux les plus bouleversants, ceux qui portent la voix de Freddie jusqu’au bout.
Mother Love
Mother Love est le dernier enregistrement de Freddie. Il n’a pas pu aller jusqu’au bout, et c’est Brian qui a pris le relais pour le dernier couplet (qui s'en sort avec brio). Ce morceau est particulièrement bouleversant : même affaibli, Freddie livre un deuxième couplet d’une puissance vocale saisissante, et surtout des paroles d’une tristesse infinie :
I've walked too long in this lonely lane
J'ai marché trop longtemps dans ces rues vides
I've had enough of this same old game
J'en ai eu assez de ce même jeu obsolète
I'm a man of the world and they say that I'm strong
Je suis un homme du monde et ils disent que je suis fort
But my heart is heavy, and my hope is gone
Mais mon cœur est lourd, et je n'ai plus d'espoir
Out in the city, in the cold world outside
Dehors, au cœur de la ville, dans le monde glacial
I don't want pity, just a safe place to hide
Je ne veux pas de pitié, juste une place où me cacher en sécurité
Mama please, let me back inside
Maman, je t'en prie, laisse-moi revenir à l'intérieur
(Source Lacoccinelle)
C’est la première fois que je l’écoute au casque, et l’explosion sonore m’a encore plus submergé.
La fin — ce mélange d’impro vocale live à Wembley, de l’extrait de Going Back et du cri d’un bébé — m’achève systématiquement.
You Don’t Fool Me
Plus loin, You Don’t Fool Me reste un de mes titres préférés.
Écrit par Roger et Freddie, enregistré en 1991 (et ça s’entend), retravaillé en 1995, c’est un morceau souvent critiqué… mais que j’ai aimé dès la première écoute.
Groovy, pêchu, porté par une superbe ligne de guitare de Brian May, il amène une respiration rythmée dans un album globalement très mélancolique.
A Winter’s Tale
Enfin, impossible de ne pas mentionner A Winter’s Tale, le dernier morceau écrit entièrement par Freddie, composé depuis son appartement à Montreux, inspiré par l’hiver et la ville qu’il affectionnait tant.
Enregistrée en 1991, durant les sessions d’Innuendo, cette ballade laisse transparaître une forme de paix.
On y sent Freddie en harmonie, presque détaché du drame qu’il vivait — et c’est justement ce calme qui bouleverse le plus.
Untitled / Track 13
L’album se referme sur un morceau mystérieux, souvent oublié, simplement intitulé "Untitled", ou Track 13.
Instrumental de 22 minutes (clin d'œil aux 22 ans de carrière du groupe ?) , ce titre instrumental expérimental mêle sons électroniques, nappes atmosphériques, rires étouffés et un passage vocal de Freddie aux environs de la dixième minute : "Are running ?", répété régulièrement durant une bonne minute.
C’est planant, déroutant, profondément contemplatif. Ce long morceau a des allures de voyage cosmique, comme un écho lointain, un espace suspendu entre la fin et l’au-delà. Certains y entendent un adieu. D’autres, un simple dernier souffle prolongé.
Trente ans plus tard, Made In Heaven reste un album à part. Ce n’est peut-être pas le disque le plus fort émotionnellement — ce titre revient à Innuendo — mais c’est sans doute le plus touchant à sa manière.
Pas un hommage forcé, ni un adieu larmoyant, mais un dernier témoignage — humain, fragile, parfois bancal, mais profondément sincère.
Et ça suffit largement à en faire un album qu’on n’oublie pas.
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