Quand la musique devient émotion – bienvenue sur Aux Notes Enchantées.
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En août dernier, j’ai découvert Leda Inferi, une artiste de dark folk qui fut pour moi un véritable coup de cœur musical. Généralement, lorsque l’on parle de dark folk, on pense immédiatement à la mythologie nordique. Mais ce n’est pas le cas avec Leda Inferi, qui a choisi de nous faire voyager au cœur des mythologies anciennes de la Méditerranée.
C’est ce qui m’a immédiatement le plus séduit dans son projet, avant même d’écouter intégralement son premier morceau, Selene. Comme vous l’avez sûrement remarqué, je suis un grand amateur de dark folk, et je trouve particulièrement intéressant que d’autres mythologies soient explorées. Cela permet de renouveler le genre, d’éviter qu’il ne s’essouffle, sans pour autant lui faire perdre son identité.
Ayant aimé les mythologies méditerranéennes bien avant de découvrir la mythologie nordique, ce projet ne pouvait que m’intéresser et me plaire !
Mais avant d’aller plus loin, voici une petite présentation de Leda :
Leda Inferi est une artiste sicilienne qui mêle dark folk, rituels païens et mythologies anciennes. Inspirée par les cultes à mystères et les divinités du monde grec et méditerranéen, elle construit des paysages sonores immersifs à partir d’harmonies vocales superposées, de respirations, de percussions et de synthétiseurs.
Née en Sicile et ayant grandi sur les pentes de l’Etna, elle développe très tôt un lien fort avec la nature, le mythe et l’invisible. Son parcours passe par une formation classique et lyrique avant de s’ouvrir à des pratiques vocales plus expérimentales et aux chants ancestraux de différentes cultures.
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Le premier titre que Leda a publié en juin dernier s’intitule Selene et est consacré à la déesse grecque Séléné. Fille des Titans Hypérion et Théia, elle est également la sœur d’Hélios, dieu du Soleil, et d’Éos, déesse de l’Aurore. Elle descend aussi d’Ouranos, le Ciel, et de Gaïa, la Terre. Chaque nuit, elle voyage à travers le ciel dans son char, tirant la lune derrière elle.
Séléné est la personnification et la déesse de la Lune.
(Source World History Encyclopedia)
Leda Inferi présente Selene comme un chant rituel destiné à invoquer la lumière et l’énergie de la Lune. Le morceau évoque cette sensation de danser sous le ciel nocturne, lorsque le corps retrouve son propre rythme au contact de la nature. À travers la figure de Séléné, l’artiste propose un voyage intérieur autour de la conscience de soi, de la liberté et du courage d’être pleinement qui l’on est.
Leda évoque également "l’éveil de l’ancienne voix de la déesse grecque de la Lune", renforçant encore cette impression que Selene ne cherche pas simplement à évoquer la déesse, mais véritablement à invoquer sa présence à travers la musique.
Je trouve ce titre vraiment incroyable, prenant et envoûtant à la fois, tant musicalement que vocalement grâce à la sublime voix de Leda. L’une des particularités de Selene est d’être chanté en latin, et je trouve le rendu extrêmement intéressant. Cela apporte une couleur différente, assez inhabituelle, qui s’intègre à merveille dans cette ambiance dark folk.
Selene est accompagné à merveille par un clip qui prolonge à la perfection cette sensation de rituel et de communion avec la nature. Leda évolue au bord de la mer à travers des mouvements lents qui m’évoquent une danse destinée à invoquer la déesse Séléné. Visuellement, la vidéo se pare de teintes bleues et violettes, tandis que les jeux de surimpression renforcent son atmosphère hypnotique. Les différentes phases de la Lune apparaissent également sur le tambour chamanique de Leda, liant encore davantage l’instrument au caractère rituel du morceau. À plusieurs reprises, l’astre devient presque palpable, notamment lorsque Leda tient entre ses mains une sphère lumineuse évoquant une pleine lune, comme si elle entrait directement en contact avec l’énergie qu’elle invoque.
Le second titre publié le 18 septembre dernier par Leda Inferi est Hekate, consacré à Hécate, déesse de la mythologie grecque. Selon Hésiode, dans sa Théogonie, elle est la fille de Persès et d’Astéria, et donc la petite-fille des Titans Phoebé et Coeüs. D’autres traditions lui attribuent cependant une filiation différente : Euripide mentionne notamment Léto comme sa mère, tandis que certains auteurs la présentent comme la fille de Zeus et de Déméter, d’Aristaion ou encore de la Nuit.
Hécate était également fréquemment associée à Déméter, voire assimilée à elle dans certains cultes. Divinité mystérieuse et ambivalente, Hécate est associée à la magie, à la sorcellerie, à la nuit, aux portes, aux seuils et aux carrefours. Elle est également liée aux chiens de l’enfer, aux fantômes et aux esprits nocturnes. Souvent représentée portant des torches, elle apparaît aussi sous une forme triple, notamment dans les représentations liées aux carrefours, renforçant son image de gardienne des passages et des frontières.
(Source World History Encyclopedia)
Avec Hekate, Leda Inferi ne se contente pas de rendre hommage à la déesse, puisqu’elle présente son morceau comme une véritable invocation rituelle. Elle s’intéresse particulièrement à Hécate en tant que déesse des carrefours, des seuils et de la magie. Une figure qui accompagne symboliquement les moments de passage et de transformation, comme le résume cette phrase utilisée par Leda pour présenter son titre : "Puisse Hécate marcher à vos côtés à chaque seuil"
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L’artiste ajoute également « Her Voice awakens », « Sa voix s’éveille », une formule qui fait directement écho à Selene, dont la présentation évoquait déjà l’éveil de l’ancienne voix de la déesse lunaire. Un véritable fil conducteur semble ainsi se dessiner entre les deux premiers morceaux de son futur album : invoquer ces divinités et faire symboliquement renaître leurs voix à travers la musique.
À partir d’environ 1 min 55, un chant aigu apparaît en arrière-plan et apporte au morceau une dimension encore plus saisissante. Ce passage lyrique m’a instantanément collé de gros frissons et possède quelque chose de véritablement fascinant. Je trouve que l’apport d’une touche de lyrisme dans un morceau de dark folk est très original et s’intègre parfaitement à l’atmosphère de Hekate. Leda m’a d’ailleurs précisé qu’il s’agit bien de sa propre voix, comme toutes celles présentes dans ses morceaux. Et quelle voix, mes amis : elle est vraiment somptueuse ! Diplômée en chant lyrique, elle enregistre elle-même l’ensemble de ses parties vocales et assure également les synthétiseurs et les percussions.
Contrairement à Selene, Hekate ne comporte pas véritablement de paroles. Leda y répète le nom de la déesse et l’accompagne de longues vocalises faites de sons et de syllabes sans paroles, qui renforcent encore la dimension rituelle et incantatoire du morceau.
Quant au clip, l'atmosphère de celui-ci est bien plus sombre et cérémoniel que Selene
Leda nous emmène au cœur d’une forêt sombre, tenant un petit trousseau de clés anciennes dans une main et la mue d’un serpent dans l’autre. Deux éléments chargés de symboles : les clés évoquent notamment les passages et les seuils associés à Hécate, tandis que le serpent peut symboliser la sagesse et la transformation. Très vite, l’atmosphère devient profondément rituelle, entre gestes cérémoniels, flammes et silhouettes vêtues de noir. Leda est accompagnée de deux danseuses, Sofia Verco et Stefania Biancone, avec lesquelles elle semble prendre part à une mystérieuse cérémonie.
En parlant de Sofia et Stefania, je trouve que leur chorégraphie aux côtés de Leda dégage une grande élégance. Leurs mouvements apportent au clip une véritable grâce et offrent un moment particulièrement captivant à regarder. D’ailleurs, la présence de trois femmes dans le clip peut difficilement ne pas faire penser à la forme triple d’Hécate, dont je parlais précédemment. Associée aux carrefours, la déesse a notamment été représentée dans l’Antiquité sous la forme de trois figures réunies.
Plus loin dans le clip, nous retrouvons Leda tenant deux torches, autre élément étroitement associé à l’iconographie d’Hécate. Elles évoquent notamment son rôle de gardienne des passages et sa capacité à éclairer les ténèbres. Sur la fin du clip, Sofia, Stefania et Leda se tiennent par la main, offrant une nouvelle image à trois qui rappelle une fois encore les représentations triples de la déesse.
Avec Selene et Hekate, le projet musical de Leda Inferi m’a totalement séduit et s’est imposé comme un véritable coup de cœur ! J’aime énormément cette manière qu’elle a de mêler dark folk, chant lyrique, atmosphères rituelles et mythologies anciennes de la Méditerranée, tout en donnant à chacun de ses morceaux une identité unique et en apportant un renouveau bienvenu à la scène dark folk.
Son projet apparaît également d’autant plus personnel lorsque l’on sait qu’elle assure elle-même l’ensemble des voix, mais aussi les synthétiseurs et les percussions. Une maîtrise qui rend son univers encore plus fascinant à mes yeux.
Ces deux premiers titres me donnent surtout très envie de découvrir la suite et de voir quelles autres divinités Leda choisira d’invoquer dans son futur album. Une chose est certaine : après Selene et Hekate, je serai au rendez-vous !
Vous pouvez suivre et soutenir Leda Inferi sur son Site Officiel, Facebook, Instagram, Bandcamp, Soundcloud, Spotify, Discord, Twitch , TikTok et YouTube
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En juin dernier, je vous parlais de ma découverte du groupe Sangham, qui fut une véritable révélation metal et un immense coup de cœur ! Le 11 septembre dernier, le groupe a publié un nouveau single intitulé Reclaim, accompagné d’un clip qui sont tout simplement incroyables ! Il s’agit du dernier extrait de The Radiant Crown, qui sortira le 16 octobre prochain.
Comme expliqué dans ma précédente chronique, Sangham est un groupe engagé sur de nombreux sujets, notamment la défense de la cause animale et la dénonciation de la maltraitance envers les animaux dans Our Vain Pleasure. C’est une nouvelle fois le cas avec Reclaim, véritable hymne écoféministe.
La chanson ne parle pas simplement de reprendre le pouvoir. Elle présente la création, la solidarité et la transmission comme des formes de résistance face aux logiques de domination, qu’elles touchent les femmes, les identités ou le vivant.
Dès les premières paroles, Sangham pose une image particulièrement forte : celle d’une fleur qui, malgré sa fragilité, parvient à pousser à travers l’asphalte qui tente de l’étouffer. Une métaphore si centrale qu’elle se retrouve jusque sur la pochette du single, où cette fleur devient presque l’emblème visuel de Reclaim. Pour le groupe, la vulnérabilité n’est pas synonyme de faiblesse : elle peut au contraire se transformer en force et devenir un puissant moteur de résistance.
Le texte devient ensuite beaucoup plus frontal avec « Her uterus is not territory to be conquered ». Le corps féminin n’est pas un territoire à conquérir ou à contrôler, et Reclaim affirme avec force le droit des femmes à reprendre possession de leur corps, de leur voix et de leur liberté.
Cette volonté de transformer la vulnérabilité en force se retrouve pleinement dans le clip réalisé par Elise Meunier, alias Lili Youri Tchekhov, que je trouve vraiment magistral ! Reclaim regorge d’images chargées de symboles, et celle qui m’a le plus marqué est sans doute la grenade que Christelle tient entre ses mains. Le groupe m’a précisé qu’elle est utilisée à la fois comme symbole de fécondité, mais aussi pour sa proximité avec la pomme dans la symbolique religieuse, en référence au fruit défendu mangé par Ève. Sangham souhaitait également jouer avec l’évocation du sang, tout en laissant volontairement l’interprétation ouverte.
Pour ma part, j’y vois également une représentation de l’utérus traversant différentes étapes de la vie d’une femme. Le plan où le sang coule le long du bras de Christelle, tandis qu’un grain s’échappe de la grenade, m’évoque le cycle menstruel et les règles. Plus tard, lorsqu’elle assène violemment un coup de poing au fruit, j’y vois aussi une possible évocation de l’endométriose, avec ces douleurs parfois décrites comme de véritables coups de poignard. Une interprétation personnelle, bien sûr, puisque le groupe a justement choisi de laisser la symbolique ouverte.
Pour évoquer la sororité, Sangham a fait le choix de réunir dix artistes féminines de la scène metal française actuelle : Eva (Grandma’s Ashes), Sofia (No Terror In The Bang), Lola (Encounters), Audrey (Ianwill), Nao (Aora Paradox), Amanda (Cyb1rth), Mélodie (Ghetto Paradise), Alaia (Neura), Emmanuelle (Aliore) et Alice (CTRALTSUPPR).
En toute transparence avec vous, musicalement, je n’en connais encore aucune. J’avais simplement déjà vu passer le nom de Grandma’s Ashes, sans prendre le temps de les écouter. Une lacune qui sera corrigée très prochainement, tout comme pour les neuf autres groupes !
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Leur présence n’est pas uniquement là pour faire joli. Chacune a participé au clip en partageant des moments avec Christelle, qui les met parfaitement en avant et en valeur ! J’aime particulièrement le passage qui précède le dernier couplet, lorsque les dix musiciennes sont filmées une à une en gros plan, de nuit, éclairées par une lumière de feu qui accentue encore la force et la détermination qui se dégagent de leurs visages.
Chacune impose une présence très forte à l’écran, avec des regards et des attitudes d’un charisme fou, l’ensemble étant parfaitement porté par une batterie et des guitares ultra percutantes et incisives. Cette succession de visages donne encore plus de poids au message du morceau, comme si chaque femme venait incarner à sa manière cette idée de résistance et de reprise de pouvoir.
La partie finale de Reclaim a également été réenregistrée avec les dix chanteuses, offrant à mes yeux le moment le plus fort du titre et le faisant basculer dans une dimension encore plus intense que la version single. Le dernier couplet :
Tremble, tremble, inquisitors
Their mothers whisper to them
The knowledge of their ancestors
The Pythias have emancipated themselves
est d’abord chanté a cappella par les onze chanteuses, le poing levé, à l’exception de Christelle qui brandit une épée rouge sanguinolente. Ce passage offre un premier moment de pure émotion et m’a donné d’immenses frissons. Puis un roulement de batterie vient rompre cette suspension avant que le morceau ne reparte avec une puissance décuplée, donnant au final une dimension presque épique et incantatoire.
Pour conclure, Reclaim est un titre fabuleux et l’un de mes préférés de Sangham. Je ne peux également que saluer l’initiative du groupe de mettre en lumière des musiciennes encore sous-représentées et trop souvent invisibilisées au sein de la scène metal. À l’heure où l’extrême droite occupe une place de plus en plus importante dans le paysage politique de nombreux pays et où, en France, le RN se situe très haut dans les intentions de vote pour l’élection présidentielle de 2027, je trouve ce type de prise de parole artistique particulièrement important. D’autant que les droits des femmes connaissent encore des reculs à travers le monde.
Vous pouvez suivre et soutenir Sangham sur leur Bandcamp, Instagram, Facebook, YouTube, ainsi Soundcloud
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Dans quelques jours débutera le festival Les Traversées de Tatihou, et je souhaitais revenir avec vous sur quelques-uns des artistes qui m’ont marqué lorsque j’ai découvert la programmation. Je commence avec l’une des plus solaires d’entre eux : Roberta Gulisano, chanteuse folk contemporaine italienne. Mais avant de nous intéresser à sa musique, faisons d’abord connaissance avec cette artiste sicilienne au parcours particulièrement intéressant.
Roberta Gulisano débute son parcours à l’âge de 12 ou 13 ans, dans le cadre d’un atelier de danses traditionnelles organisé au lycée. Très timide, elle y trouve d’abord une manière de s’exprimer et de créer du lien avec ses camarades. Le groupe devient ensuite la Compagnia Triskele, au sein de laquelle elle évolue principalement comme danseuse. Son passage au chant se fait presque par hasard lorsqu’une chanteuse tombe malade et qu’on lui demande de la remplacer.
Lorsqu’elle part étudier à l’université de Palerme, son horizon musical s’élargit grâce à son implication dans la scène locale. Elle intègre ensuite le conservatoire Vincenzo Bellini, où elle étudie le jazz et commence à composer ses propres morceaux. Sa première chanson entièrement structurée, « Mennula Amara », voit le jour en 2008. Elle figurera huit ans plus tard sur son deuxième album, Piena di(s)grazia.
Cette formation et ces différentes expériences lui permettent peu à peu de façonner son propre univers musical, entre chanson d’autrice, influences jazz et traditions siciliennes. En 2012, elle dévoile son premier album, Destini Coatti, un projet inspiré par l’œuvre de l’écrivaine Goliarda Sapienza et consacré à plusieurs destins de femmes.
Pour ma part, c’est avec Destini Coatti que je suis véritablement entré dans l’univers de Roberta Gulisano, après avoir découvert deux ou trois chansons sur sa page artiste Tidal. J’ai d’emblée été conquis par la chaleur qui se dégage de sa musique. Dès le morceau d’ouverture, « Adela che cade », ses racines siciliennes se font pleinement ressentir, avec des sonorités chaleureuses et lumineuses qui traversent une grande partie de l’album.
Mais ne vous fiez pas à cette apparente légèreté : les textes, eux, jouent souvent sur un tout autre registre, se révélant parfois sombres, grinçants et particulièrement corrosifs. Destini Coatti s’intéresse ainsi à différents destins de femmes, abordant aussi bien les violences conjugales (Adela che cade), la solitude (C.M.) ou le rapport au corps et à l’image de soi (100 grammi, Canzone per donna imperfetta), que l’hypocrisie sociale (Freak & Chic), sans pour autant délaisser des thèmes plus intimes comme l’amour (Troppo profondo per le 23).
Roberta sort quatre ans plus tard l’excellent Piena di(s)grazia, un deuxième album qui conserve cette écriture engagée tout en accordant une place encore plus importante aux questions sociales et politiques. Sur Bandcamp, elle le décrit comme neuf "prières anarchiques" dirigées contre une trinité : l’argent, le pouvoir et l’oppression.
L’album démarre fort avec le titre éponyme, Piena di(s)grazia, qui détourne directement l’imagerie religieuse pour dénoncer les pouvoirs économique, politique et religieux. Avec Giru di ventu, Roberta nous ramène ensuite vers une Sicile rurale faite de terres desséchées, de départs et de vies difficiles, mais aussi de résistance : même lorsque la route monte et que tout s’assombrit, il faut continuer à avancer.
Le troisième titre, La brigante, revisite quant à lui l’unification italienne à travers le point de vue d’une femme du Sud qui refuse la soumission, dans un texte ouvertement militant.
Elle y aborde également le monde du travail, notamment les contrats précaires et les salaires insuffisants avec « Mattanza », qui dénonce une vie professionnelle devenue presque une forme d’exploitation acceptée comme normale.
Avec « Controcorrente », Roberta revient sur le drame migratoire de Lampedusa du 3 octobre 2013, en adoptant notamment le point de vue de pêcheurs venus porter secours aux naufragés, tout en dénonçant avec virulence l’inaction politique face à la tragédie.
Après la sortie de Piena di(s)grazia, la vie de Roberta prend un nouveau tournant lorsqu’elle s’installe en Angleterre. Elle met alors la musique entre parenthèses pour se consacrer à sa famille, à son travail et à son adaptation à cette nouvelle vie. Au fil du temps, elle perd progressivement ses repères et finit par comprendre qu’elle doit reprendre son parcours musical là où elle l’avait laissé.
Elle compare cette période à un citronnier planté dans une terre différente : ses racines sont toujours là, mais l’arbre ne parvient plus à fleurir. Elle comprend alors qu’elle doit recréer autour d’elle les conditions nécessaires à son propre épanouissement.
C’est dans ce contexte que naît son EP A ccu apparteni. Cette expression ne signifie pas vraiment “D’où viens-tu ?”, mais plutôt “À qui appartiens-tu ? La question porte donc sur les personnes, la famille, la culture, la langue et les valeurs qui nous constituent. Roberta dédie explicitement ce projet aux déracinés, à ceux qui ont quitté leur terre avec leur solitude, mais aussi leur fierté.
Musicalement, ce changement se ressent également : l’ambiance se fait plus retenue, plus sombre et mélancolique, tout en restant aussi séduisante que sur ses deux premiers albums. Côté textes, Roberta aborde plusieurs thèmes et reste toujours aussi engagée. Elle évoque notamment la mémoire et l’oubli autour de l’univers des anciennes mines de soufre siciliennes (A’ Surfarara), mais aussi les inquiétudes écologiques à travers les incendies, les crues, la destruction des terres, la cupidité humaine et la perte collective de repères (« U cuntu »). Elle parle également d’amour passionnel, presque dévorant (« Amuri ca ppi ttia , mais surtout de racines, d’identité, d’origines, de déplacement et de reconstruction avec (A ccu apparteni).
J’ai eu un coup de cœur pour le titre Muscià, notamment pour son introduction à la musicalité étrange, décalée et quelque peu théâtrale. Cette dimension presque espiègle se retrouve également dans l’interprétation de Roberta, comme si elle donnait vie sous nos yeux à cette petite scène de village. La chanson met en scène des commérages : une femme vient en voir une autre avec un prétexte banal, puis, très vite, elle lui raconte ce qu’elle a vu dans la ruelle : la fille d’untel avec un jeune homme. Elle enchaîne alors avec les détails, les sous-entendus et les petits secrets… tout en lui faisant promettre, évidemment, de ne rien répéter. Derrière ce ton amusé se cache néanmoins une critique des mauvaises langues et des rumeurs qui peuvent finir par abîmer les familles et les relations.
Pour conclure cette chronique, ma découverte de Roberta Gulisano est un véritable coup de cœur qui m’a ouvert les portes d’un univers musical que je connaissais encore peu, à la croisée des traditions siciliennes et d’une approche résolument contemporaine. Entre la richesse de ses compositions, la profondeur de ses textes, son engagement et cette capacité à mêler chaleur musicale et thématiques parfois beaucoup plus sombres, je ne pouvais que succomber à son talent.
Au fil de ses deux albums et de son EP, Roberta dévoile une artiste profondément attachée à ses racines, mais qui ne se contente jamais de regarder vers le passé. Elle les fait vivre, les transforme et les utilise pour parler de notre époque, de ses injustices, de ses blessures mais aussi de l’amour, de l’identité et de ce besoin universel de savoir à quoi, ou à qui, nous appartenons.
Une très belle découverte qui me confirme tout l’intérêt que j’ai eu à me pencher sur la programmation des Traversées de Tatihou, où vous pourrez retrouver Roberta Gulisano le 12 août de 21h à 22h15 à l'glise de Montfarville !
Vous pouvez suivre et soutenir Roberta Gulisano sur sa page Bandcamp, sa page Facebook, son compte Instagram et sa chaîne YouTube !
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Après Drengr, Hedeby et Branngrav, Bjorth et Kveld unissent à nouveau leurs talents autour d’un nouveau morceau : Blotvegr !
Et quelle merveille ! Une nouvelle claque musicale et un pur régal auditif.
Petite anecdote intéressante concernant la naissance de Blotvegr : Björn m’a expliqué que la composition avait initialement été créée pour un autre de ses projets, tandis que Kveld lui avait proposé le concept et les paroles du morceau, prévus à l’origine pour une autre musique. En intégrant la voix de Kveld à sa propre composition, Björn a trouvé que l’ensemble fonctionnait parfaitement : c’est ainsi que Blotvegr est né !
Il m’a également précisé que les voix féminines proviennent d’enregistrements studio réalisés par d’autres interprètes et que l’on peut entendre un chœur d’enfants à la fin du morceau. Il a aussi tenu à souligner qu’aucune intelligence artificielle n’avait été utilisée dans sa création.
Le descriptif de l’official lyric video annonce déjà la couleur :
De la terre jusqu’au ciel, à travers le feu,
tu rejoindras la demeure d’Odin.
Bienvenue dans notre nouvelle aventure sonore : Blotvegr.
La chanson s’ouvre sur le son profond d’un carnyx celtique, dont la résonance semble remonter des entrailles de la Terre. La voix de Kveld s’élève ensuite comme une véritable invocation, portée par des percussions grondantes, lourdes et puissantes. La répétition de « blóta til » donne progressivement au chant un côté presque hypnotique, chaque nouvelle phrase semble renforcer le rituel, comme si l’on assistait à une véritable cérémonie venue d’un autre temps. Après cette première montée en puissance, les percussions s’effacent momentanément et la composition se fait plus dépouillée, presque recueillie.
Cette accalmie laisse toute sa place à la gravité du texte, qui évoque le chemin emprunté par les ancêtres, celui que nous suivons aujourd’hui et que parcourront à leur tour les générations futures. Puis les percussions repartent de plus belle, d’abord par roulements, avant d’adopter une cadence martiale qui relance l’invocation avec encore plus d’intensité.
L’arrivée des chœurs féminins vient alors sublimer la chanson en lui apportant une dimension mystique qui m’a donné de gros frissons ! Les voix se mêlent parfaitement à celle de Kveld et renforcent encore l’impression d’assister à un véritable rituel. Les percussions se font ensuite plus espacées pendant quelques instants, avant de repartir dans une dernière montée en puissance.
Les chœurs prennent de plus en plus d’ampleur, jusqu’à l’apparition d’un chœur d’enfants qui donne au morceau une dimension encore plus saisissante ! Tous les éléments semblent se rejoindre dans un ultime élan, comme si le rituel atteignait enfin son point culminant, pour nous offrir une fin grandiose et épique ! J’ai été scotché jusqu’à la dernière seconde.
J’ai également beaucoup aimé l’official lyric video, dans laquelle on découvre un cœur de lave en fusion qui semble respirer, comme si nous nous trouvions au-dessus d’un volcan en éruption.
Pour conclure, Blotvegr est une nouvelle réussite pour Bjorth et Kveld ! Envoûtant, percutant et d’une intensité incroyable, ce single confirme tout le talent de deux artistes qui sont, à mes yeux, en train de devenir incontournables sur la scène dark folk nordique.
Vous pouvez suivre et soutenir Bjorth sur leur site officiel, ainsi que sur: Instagram, Facebook, Bandcamp et sur leur chaîne YouTube .
Pour suivre Kveld, rendez-vous sur : Instagram, Bandcamp et YouTube .
Découvrez également ma chronique consacrée à Bjorth et à son single Fall of Midgard ici
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Ma petite découverte du jour se nomme RoSaWay ! Enfin, découverte, oui et non. Non, parce que j’avais déjà croisé leur route lors de leur passage dans l’émission musicale d’Émilie Mazoyer sur Europe 1, et j’avais beaucoup apprécié leur interview. Oui, parce qu’à l’époque, je n’avais pas pris le temps d’explorer davantage leur univers, tandis que mon blog était plus ou moins à l’abandon.
Mais avant d’aller plus loin, une présentation du duo s’impose :
RoSaWay est un duo parisien mêlant disco, funk et jazz, porté par des sonorités électroniques, une voix soul et des instruments joués en direct, notamment la flûte et la batterie. Leur univers puise entre autres dans les sonorités des années 1980 et s’inspire de figures emblématiques comme Donna Summer et Rick James.
Le duo réunit Rachel Ombredane, flûtiste de formation classique, chanteuse et diplômée en musicologie, ainsi que Stéphane Avellaneda, batteur ayant parcouru plus de trente-cinq pays aux côtés d’Ana Popovic et partagé la scène avec des artistes tels que B.B. King, Buddy Guy ou Jonny Lang. En 2022, RosaWay a été prénommés aux Grammy Awards dans la catégorie « Meilleure performance pop en duo ou en groupe ».
Source : site officiel de RosaWay.
C’est en parcourant le fil d’actualité Instagram d’Aux Notes Enchantées que je suis tombé sur un extrait vidéo de leur dernier single, Fly Me to the Moon. J’ai immédiatement été happé par l’énergie dégagée par le duo et par la sublime voix de Rachel. J’ai donc décidé de découvrir le morceau dans son intégralité sur YouTube, où RoSaWay a publié une live session disco-jazz qui m’a totalement fait craquer !
Le plus amusant, c’est qu’au départ, je n’avais pas compris qu’il s’agissait d’une reprise de ce grand standard rendu célèbre par Frank Sinatra, tant RoSaWay se réapproprie le morceau et lui insuffle une personnalité nouvelle. Cette version est extrêmement réussie : dynamique, élégante et respectueuse de l’esprit du titre, tout en affirmant pleinement l’identité du duo. L’ajout de la flûte traversière est notamment de toute beauté et apporte une véritable fraîcheur à l’ensemble. J’adore également la prestance de Rachel et Stéphane, débordants d’énergie et dégageant un magnétisme particulièrement communicatif.
Et l’aventure ne devrait pas s’arrêter là, puisque RoSaWay dévoilera un nouveau single Lullaby Of Birdland le 7 août prochain. Une sortie que je ne manquerai évidemment pas de découvrir et dont je vous reparlerai très bientôt sur Aux Notes Enchantées.
Vous pouvez suivre et soutenir RoSaWay sur leur site officiel, ainsi que sur leurs pages Facebook, Instagram YouTube , Spotify