Le Garçon de l’Automne – Ode to the Lost : un voyage entre mythes, deuil et renaissance
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Magnifique. C’est le premier adjectif qui m’est venu à la fin de ma première écoute d’Ode to the Lost, le dernier album de Le Garçon de l’Automne.
Déjà, je trouve la pochette toujours aussi sublime : elle reste, pour moi, parmi les plus belles de ces dernières années. Je suis totalement fan de ses couleurs pastel et de son visuel, à la fois doux et évocateur.
L’album s’ouvre de façon magistrale avec Blue Souls, chanté en anglais qui aborde le thème de la résilience : peu importe ce qu’on traverse, on se relève, les âmes meurtries “reviennent à la vie”. Ce morceau m’a aussi permis de découvrir Alexia (Wegferend, Ilum Sin) : sa voix, cristalline et profondément touchante, donne à l’album un départ absolument idéal. Ode to the Lost ne pouvait pas mieux commencer.
On enchaîne avec L’Ankou, premier single révélé par Quentin en octobre dernier. Une chanson en hommage à l’une des figures majeures de la mythologie bretonne : le serviteur de la Mort, chargé de collecter les âmes des défunts. Le morceau est très dynamique, porté par une ambiance gothique relevée d’airs celtiques. C’est une chanson fascinante, l’une de mes préférées de l’album, et les chants des enfants (Ismaël & Arielle Caspani) sur le refrain final sont de toute beauté.
Avec Et Gris, Quentin aborde l’amour impossible entre deux personnes : ce genre d’histoire dramatique qui existe depuis l’aube des temps et continue d’exister. Un amour qui fait naître mille futurs possibles pour mieux les laisser s’éteindre. Tout se dissout doucement, jusqu’à cette image poignante des “yeux bleus” qui perdent leur éclat, comme un espoir qui se décolore.
On enchaîne avec Sirventes, l’un de mes titres préférés de l’album ! À l’origine, un sirventes est une sorte de poème chanté par des troubadours au Moyen Âge, entre le XIIe et le XIIIe siècle, principalement dans le sud de la France. Un genre délibérément politique et satirique, écrit pour dénoncer la corruption, la cupidité ou l’orgueil.
Mais ici, Quentin s’en empare pour évoquer des violences physiques et psychologiques qu’il a subies. Il écrit dans le livret que cela venait “d’une personne qui voulait qu’il la traite comme une princesse”, et lui dédie ce sirventes avec une ironie amère. Je trouve que c'est remarquablement bien écrit, tout en finesse et en élégance
Nous poursuivons notre voyage musical avec When the Wind is Alone, un joli titre entièrement chanté en anglais. Il raconte une attente tragique : une femme, Lily, guette le retour de l’homme qu’elle aime, parti en mer… mais le vent n’apporte aucun signe, aucun son, aucune nouvelle. Tout reste suspendu, comme si la mer avait avalé l’espoir avec lui. Quentin en avait composé la base début 2020, avant de la mettre de côté. Le morceau a finalement été repris et retravaillé en 2024, avec de nouveaux arrangements et de nouvelles paroles.
Le morceau suivant, She is the Sea, est l’un des titres les plus émouvants de l’album. Cette chanson est liée au deuil de sa grande sœur, décédée d’un cancer. Quentin a également fait appel au groupe Emian sur She is the Sea, une collaboration qui sublime magnifiquement le morceau. C’est un véritable chef-d’œuvre de plus de neuf minutes, quasi instrumental, qui me rappelle Cesair dans sa première partie.
La seconde moitié, elle, m’a complètement transporté : on y entend un texte en breton, traduit par E. Morice, porté par une ambiance qui sonne très Alan Stivell. Et l’utilisation de la harpe y est pour beaucoup : elle donne à l’ensemble une grâce et une profondeur bouleversantes.
La piste suivante, Baba Yaga, est également l’une de mes chansons préférées, et le titre m’intriguait énormément avant même l’écoute. Baba Yaga est une figure marquante de la mythologie slave, que j’avais déjà croisée dans le jeu vidéo The Witcher 3, dans la saison 2 de la série The Witcher, et même à travers Yubaba dans Le Voyage de Chihiro, personnage dont elle est clairement inspirée.
Je trouve le morceau magnifique, porté avec brio par Sophie Le Ray, une très bonne amie bulgare de Quentin, qui a également écrit les paroles. Cela m’a permis de retrouver le bulgare, une langue que j’avais déjà entendue avec The Mystery of the Bulgarian Voices, notamment lors de leur collaboration avec Lisa Gerrard, et j’adore. Cela m’a aussi donné envie de replonger dans cette culture musicale, fascinante et trop peu mise en avant.
S’ensuit la magnifique Emma’s Waltz, un titre instrumental, air traditionnel finlandais, et l’un des premiers morceaux sur lesquels Quentin s’est entraîné à jouer de la vielle. Pour l’occasion, il a invité Guillaume Levy, qui intervient au bodhrán, à la mandoline et au bouzouki irlandais, rendant le morceau particulièrement riche sur le plan instrumental. Une collaboration qui sonne naturellement, comme si ce titre avait toujours fait partie de leur univers.
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Le neuvième titre d’Ode to the Lost, Ars Moriendi, est très certainement l’un de mes morceaux préférés, notamment pour son côté profondément mystique. Dès l’introduction, le chant d’un chœur masculin m’a totalement happé : il m’évoque des chants grégoriens, mais aussi ceux qu’on entend souvent dans les films fantastiques, et j’ai eu des frissons dès les premiers instants.
Ars Moriendi signifie “l’art de mourir” : Quentin se réfère ici à des textes du XVe siècle, conçus comme des guides expliquant comment “bien mourir”, notamment en rejetant les tentations au moment de quitter ce monde. Le passage est déclamé en latin, ce qui confère une dimension incantatoire une dimension incroyablement incantatoire au morceau et le résultat est vraiment somptueux !
Le dixième titre, Koppije, est une sublime chanson a cappella, aussi intrigante que captivante. Comme indiqué dans le livret, il s’agit d’un chant traditionnel arbëreshë, une communauté d’origine albanaise installée en Italie depuis les XVe et XVIe siècles. C’est une chanson d’amour dans laquelle un homme demande la main d’une femme.
Adorant les morceaux a cappella, celui-ci fait clairement partie de mes préférés de l’album : Quentin y réalise un travail vocal remarquable.
Je ne reviendrai pas en détail sur Le Chant du Cygne, ni sur Above the Lake, puisque j’ai déjà partagé mon avis à leur sujet dans mes chroniques dédiées (à retrouver ici et ici). En revanche, une chose ne change pas : je ne m’en lasse toujours pas depuis leur sortie en single, et leur place dans l’album prend encore plus de sens dans l’ensemble.
L’album se conclut sur la très belle Rising, offrant un final lumineux qui porte son nom à la perfection ! Dans le livret, Quentin décrit ce morceau comme une véritable élévation : la rencontre d’un amour “vrai” qui te fait tout reconsidérer, comme si tu ouvrais les yeux pour la première fois. Une conclusion qui n’efface pas les ombres traversées auparavant, mais qui les transforme, en laissant Ode to the Lost sur une sensation de renaissance et d’apaisement total.
Pour conclure cette chronique, Le Garçon de l’Automne nous offre un sublime deuxième album, après Leaves Are Falling (sorti en 2020) et son EP Prelude to Farewell (sorti en 2024), dont j’avais rédigé une chronique ici. Ode to the Lost est extrêmement poétique, touchant et d'une richesse musicale et culturelle vraiment fascinante. On en ressort remué, parfois bouleversé, mais aussi avec une sensation d’apaisement. Mes gros coups de cœur restent She is the Sea, Sirventes, Baba Yaga, Kopije et Ars Moriendi mais aucun titre ne m'a déçu, ils sont tous très bons. Je le recommande à celles et ceux qui aiment les albums qui racontent, qui font voyager, et qui ne laissent pas indifférent. Un grand bravo à Quentin pour cet excellent travail, et merci pour ce sublime voyage.
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