Archive - Glass Minds : l’évidence après le déclic
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Il est des groupes qu’il faut parfois du temps pour aimer pleinement, pour entrer dans leur univers et apprécier toute la richesse de leur démarche artistique. Pour moi, Archive fait clairement partie de ceux-là.
J’ai découvert le groupe en 2003 avec le film Michel Vaillant, que j’avais beaucoup aimé, et dont j’avais adoré la bande originale signée Archive. Quelques jours plus tard, je me rends à la médiathèque Louis Nucéra de Nice pour emprunter Take My Head, un album que j’avais bien apprécié, en particulier les titres You Make Me Feel, Take My Head, The Way You Love Me et Love In Summer.
Dans la foulée, j’emprunte You All Look the Same to Me et là, douche froide. Je n’accroche absolument pas. Je trouve Again trop long, Numb assez moyen, et le reste ne m’emballe pas davantage. Je ne retrouve pas le tranchant, l’énergie et le punch de la bande originale de Michel Vaillant. À ce moment-là, je reste donc davantage sur une déception que sur une véritable envie de creuser leur discographie.
Les années passent, et je ne cherche pas spécialement à me replonger dans l’univers du groupe. Une exception tout de même, en 2015, avec la sortie de Restriction. J’ai alors un vrai coup de cœur pour le titre Crushed, qui me rappelle furieusement l’ambiance de la bande originale de Michel Vaillant. Malheureusement, le reste de l’album ne me touche pas plus que cela.
Puis, en septembre 2025, sort Look At Us. Et là, le titre me foudroie complètement. Dès l’introduction, avec ces notes de guitare qui claquent d’entrée de jeu, puis la voix de Lisa Mottram qui arrive très rapidement, je suis immédiatement happé par le morceau. Comme si Archive venait soudainement de trouver la bonne porte d’entrée pour me faire revenir vers eux.
Ce morceau agit alors comme un véritable déclic. Après Look At Us, je ressens le besoin de revenir vers Archive, mais cette fois avec une oreille différente, plus disponible, peut-être aussi plus prête à accepter les longueurs, les silences, les montées progressives et cette manière si particulière qu’a le groupe de prendre son temps pour installer une émotion.
Je décide donc de reprendre leur discographie, et là, surprise assez savoureuse : ce qui m’avait totalement laissé sur le bord de la route vingt ans plus tôt me frappe désormais de plein fouet. Again, que je trouvais beaucoup trop long à l’époque, me paraît aujourd’hui absolument magistral. Un morceau ample, habité, qui déploie sa tension avec une patience folle, jusqu’à devenir presque hypnotique.
Et c’est finalement toute la richesse du répertoire d’Archive qui s’est ouverte à moi. Leur capacité à passer du trip-hop au rock progressif, de l’électronique à des atmosphères plus cinématographiques, sans jamais perdre cette intensité émotionnelle, m’apparaît aujourd’hui comme l’une de leurs grandes forces.
Il n’y a finalement que Londinium avec lequel j’ai encore un peu plus de mal à entrer pleinement. Non pas que l’album soit mauvais, bien au contraire, mais son univers plus trip-hop, plus ancré dans les années 90, me parle moins spontanément que les œuvres où Archive laisse davantage exploser ses montées instrumentales, ses tensions et ses élans presque vertigineux.

Revenons maintenant au sujet principal avec Glass Minds.
L’album s’ouvre avec Broken Bits, une piste instrumentale à l’ambiance inquiétante, presque apocalyptique. Le son des cors y résonne comme une sirène d’alarme sourde, annonçant d’emblée un climat lourd et menaçant. Puis arrivent des nappes électro entêtantes et répétitives, qui viennent renforcer la noirceur du morceau.
À son écoute, je m’imagine au volant d’une voiture traversant des paysages urbains totalement en ruine, comme si le monde venait de basculer et qu’il ne restait plus que des fragments de lumière au milieu des décombres.
On enchaîne ensuite avec Glass Minds, porté par un rythme lent et martial, sur lequel viennent se déposer quelques notes de piano, discrètes mais très évocatrices. Mais ce qui me bouleverse surtout ici, c’est la voix de Lisa.
Je la trouve d’une beauté incroyable, capable d’osciller entre une sensibilité presque fragile et une puissance vocale qui surgit sans prévenir. Lorsqu’elle s’élève à la fin de la phrase “White noise blasting through me just like a banshee”, en libérant toute sa puissance vocale sur le mot “banshee”, j’en ai littéralement la chair de poule. Comme si sa voix venait incarner elle-même ce cri spectral évoqué par les paroles.
À ce moment-là, je suis totalement conquis, happé par cette interprétation intense et par le charme vocal de Lisa, qui donne au morceau une beauté aussi fragile que bouleversante.
En parlant de morceau bouleversant, Patterns l’est tout autant, grâce notamment au talent de l’inégalable Pollard Berrier, accompagné ici par Dave Pen. Pollard a cette immense capacité à te prendre au plus profond des tripes, en mêlant avec brio puissance, fragilité et déchirement.
L’introduction est sublime, entre le bruit des vagues qui s’écrasent sur les galets et une mélodie au piano d’une douceur délicate. Le titre dure un peu plus de huit minutes, et c’est un pur régal auditif. Archive y prend le temps de déployer son atmosphère, de faire monter l’émotion progressivement, sans jamais perdre en intensité.
Puis vient le fameux Look At Us, probablement le titre le plus rock et le plus punchy de l’album, et à mes oreilles, proche de la perfection absolue.
Depuis sa sortie comme premier single de Glass Mind en septembre 2025, il fait quasiment partie des titres que j’écoute le plus chaque mois, selon mes rétrospectives mensuelles Tidal. Look At Us est devenu pour moi une véritable chanson doudou. Celle qui me réconforte quand ça ne va pas spécialement bien, mais aussi celle que j’écoute lorsque je suis de bonne humeur, comme pour renforcer encore davantage ce sentiment de bien-être.
Depuis que j’écoute de la musique, les titres capables de me faire autant d’effet et de m’accompagner aussi fortement, quel que soit mon état d’esprit, sont rares. Et Look At Us fait clairement partie de ceux-là. Je pense que le combo entre la mélodie et la voix de Lisa y est pour beaucoup. L’osmose est totale, de la première à la dernière seconde, et tout me semble parfaitement à sa place : l’énergie, l’émotion, la puissance rock du morceau et cette lumière vocale qui le rend si addictif.
On retrouve également Lisa sur l’excellent So Far From Losing You, qu’elle chante avec Pollard. L’harmonie vocale entre les deux interprètes fonctionne à merveille, pour un résultat absolument fantastique. Le titre impressionne aussi par sa richesse sonore, avec ses sonorités électroniques couplées à une basse profonde et à une batterie percutante, avant que les cuivres ne s’élèvent et lui apportent une dimension grandiose, presque majestueuse.
Mais c’est surtout sur le magnifique The Love The Light que Lisa fait, une dernière fois sur l’album, des merveilles. Il y a quelque chose dans sa voix qui enveloppe pleinement, qui apaise autant qu’elle transperce le cœur. Cette douce fragilité, profondément poignante, donne au morceau une émotion à la fois bouleversante et hypnotisante, et en fait l’un des grands moments de l’album.
Il serait injuste de ma part de dire que seule Lisa Mottram me touche aussi profondément, car Pollard Berrier possède lui aussi cette capacité à me bouleverser avec une force incroyable. Il possède quelque chose d’unique dans sa voix, une intensité presque magique, capable de me prendre aux tripes sur When You’re This Down, So Far From Losing You, mais surtout sur la bouleversante City Walls. J’étais pourtant très réticent à l’idée d’écouter ce titre au départ, en raison de son clip réalisé en IA, mais la force émotionnelle de la chanson a fini par totalement prendre le dessus.
C’est sur ce titre que l’émotion délicate portée par Pollard me semble la plus forte, jusqu’à devenir presque déchirante. D’après un article que j’ai lu sur le site Albumrock.net, City Walls ferait suite au décès de sa maman, atteinte de démence, et évoquerait le fait de se retrouver piégé au sein de son propre esprit. En l’écoutant, les larmes me sont montées aux yeux plus d’une fois.
Il y a également Shine Out Power, que je trouve absolument sublime, cette fois interprétée par Dave Pen. Sa voix m’a collé des frissons, tandis que musicalement, le titre m’a fait penser à Falaise, issu de la bande originale de Michel Vaillant.
J’ai également été agréablement conquis par Heads Are Gonna Roll, morceau au versant hip-hop plus marqué, sur lequel Jimmy Collins apporte un flow nerveux et frontal, parfaitement adapté à la noirceur dystopique de l’ensemble. Puissant et très engagé, il semble dénoncer une société obsédée par le contrôle, la normalisation, la surveillance et l’effacement progressif des émotions humaines. Moins bouleversant vocalement que d’autres morceaux de l’album, il n’en reste pas moins très fort dans son propos et dans sa noirceur urbaine.
L’album se conclut avec Where I Am, interprété par Dave Pen, qui laisse une impression à la fois fragile, épuisée et profondément humaine. Les paroles semblent évoquer un amour abîmé par le ressentiment, un lien qui pèse autant qu’il résiste encore. Une conclusion intense, qui referme Glass Mind sans véritable apaisement, comme si l’album nous laissait au cœur d’une lutte intérieure.
Pour conclure, Glass Minds est un album magistral d’Archive. Le duo Darius Keeler et Danny Griffiths y fait des merveilles, en construisant un disque d’une richesse sonore impressionnante, porté par des interprètes en état de grâce. Lisa Mottram, Pollard Berrier et Dave Pen y apportent chacun une couleur vocale différente, mais toujours avec cette même capacité à toucher au plus profond.
Amorcé par le choc Look At Us, Glass Minds aura pleinement renforcé mon intérêt, mais aussi mon amour musical pour Archive. Ce groupe que j’avais longtemps gardé à distance s’impose désormais à moi comme une évidence. Un album intense, habité, bouleversant, qui se ressent autant qu’il s’écoute.
Je tiens également à vous recommander l’Expanded Edition, qui contient la magnifique Orchestral FM4 Radio Session, durant laquelle Archive est accompagné par le prestigieux Orchestre symphonique de la radio de Vienne. Je vous mets la vidéo ci-dessous, car elle vaut vraiment la peine d’être écoutée et regardée.
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