Unverkalt – Héréditaire : un album viscéral et cinématographique
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En janvier dernier, je vous évoquais mon coup de foudre pour le groupe Unverkalt et leur single Oath Ov Prometheus, issu de l’album Héréditaire, paru au mois de février. Ayant eu quelques soucis de santé (tout n’est pas encore réglé), je me retrouve à rédiger cette chronique seulement maintenant. Alors, autant être sincère avec vous : ce n’est pas un style que j’ai l’habitude de chroniquer. Mais j’aime tellement cet album que je ne pouvais pas ne pas en parler. J’espère être à la hauteur de cet excellent opus d’Unverkalt, et surtout vous donner envie de l’écouter dans son intégralité.
À l’image de sa pochette, Héréditaire est une œuvre d’art saisissante, sombre et spectaculaire.
La première chose qui m’a frappé à l’écoute de l'album, c’est son immense richesse, autant sur le plan musical que vocal. Entre leurs racines grecques qui émergent sur Ænæ Lithi (ne me demandez pas de le prononcer, j’en suis bien incapable 😅) ou encore sur I, the Deceit, le groupe oscille parfaitement entre des moments de douceur et des montées de fureur. Et vocalement, Demetria impressionne par sa palette : des passages éthérés et chuchotés, avant de basculer sans prévenir dans des growls puissants. Elle m’a captivé sur l’ensemble des 9 pistes.
Cette démonstration artistique, avec toutes ces variations, est parfaitement illustrée dès le premier titre, Die Auslöschung (premier single dévoilé par Unverkalt). Le morceau démarre tout en douceur pendant plus d’une minute, porté par une Demetria à la fois fragile et aérienne, puis vient l’explosion vocale initiée par Eli, d’une efficacité redoutable sur fond de déchaînement musical à t'en retourner les tympans. Sa voix complète parfaitement celle de Demetria, et l’impact est immédiat. D'ailleurs, la chanteuse a expliqué à propos de ce titre qu’il est “à la fois sombre et immersif”, sculpté dans des textures noircies et un rythme presque hypnotique, canalisant un effondrement à la fois personnel et collectif. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti durant les six minutes de ce morceau.
Mention spéciale pour le clip, d’une beauté incroyable. Et il faut aussi souligner que Themis signe des vidéos à l’esthétique extrêmement soignée, toujours aussi somptueuse.
Héréditaire se poursuit avec Oath Ov Prometheus (deuxième single de l’album). Je ne reviendrai pas dessus en profondeur, puisque j’en avais déjà rédigé une chronique. Mais ce titre est toujours aussi jouissif à écouter : aucune lassitude à l’horizon. De plus, je garderai toujours une affection particulière pour ce morceau, puisque c’est avec lui que j’ai découvert Unverkalt et, à la clef, un véritable coup de foudre musical !
Place à la troisième piste de l’album, Ænæ Lithi, qui puise dans les racines grecques du groupe, brillamment interprétée en anglais et en grec ! Cette chanson s’inspire d’une histoire vraie et tragique : celle du Grand Incendie de Smyrne qui a eu lieu en 1922 lors de la guerre gréco-turque et que la grand-mère de Themis lui racontait.
Dans une interview donnée à The MetalList sur YouTube, Themis raconte qu’il a composé ce morceau en même temps que la création de la pochette de l’album. Il explique aussi que cela faisait depuis très longtemps qu’il souhaitait mettre cette histoire en musique, dès le premier album, mais qu’il n’avait jamais trouvé la bonne approche musicale, car c’est une histoire vraie qui l’aide beaucoup, et qu’il voulait être à la hauteur. Il a cependant trouvé le bon moment pour la faire sur Héréditaire, et le fait d’avoir créé l’œuvre d’art de la pochette en même temps que la composition du morceau le rend très heureux. Sincèrement, je trouve cette chanson magnifique et poignante.
On enchaîne l’exploration d’Héréditaire avec A Lullaby for the Descent, qui s’ouvre sur des notes de guitare acoustique, installant une atmosphère mélancolique durant les deux premières minutes, avant le retour de cette fureur vocale, assurée ici par Eli uniquement. De son côté, Demetria reste sur du chant clair et démontre une fois de plus l’étendue de ses talents.
Les guitares saturées sont un régal auditif et, par moments, elles semblent presque pleurer, rendant la chanson particulièrement émouvante. Sur le plan des paroles, le morceau est d’une noirceur poignante : il parle de l’absence, du désespoir et de ce vide qui aspire tout, comme si l’on se dissolvait dans le vide. Et dès le début, ce court passage en grec, “Μην φύγεις” (“Ne pars pas”), à peine audible, sonne comme un murmure discret qui donne le ton de la descente.
La chanson s’achève comme elle a débuté, sur des notes de guitare acoustique, cette fois rejointes par une guitare électrique, ce qui renforce encore la mélancolie du titre. C’est le morceau qui m’a le plus bouleversé, et il fait clairement partie de mes préférés de l’album.
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Penumbrian Lament, cinquième piste de l’album, débute de façon lourde et froide, presque grave, avec un côté très post-black metal. L’ambiance est très cinématographique, j’imagine bien une héroïne hyper badass telle que Selene dans Underworld ou Alice dans Resident Evil débarquer de façon charismatique et déterminée, avant de dégainer les armes et de tout ravager sur son passage. Puis vient le déchaînement instrumental et vocal, marqué par le retour des growls de Demetria, avec Eli en renfort par moments.
Au bout de deux minutes, retour au calme pour un long passage que je trouve fascinant : l’ambiance reste lourde, avec un côté “bon gros rock”, une voix claire et écorchée, quelques passages chuchotés… sans pour autant délaisser des growls percutants et incisifs. Musicalement, j’ai été saisi par la présence, la puissance et la force de la batterie : ça décoiffe pleinement !
Du côté des paroles, le titre dresse le portrait d’une beauté abîmée, comme une œuvre d’art noircie, froide et pâle, dont les couleurs ont disparu. Unverkalt évoque le chaos, une guerre (réelle ou intérieure) et cette lumière qui faiblit jusqu’à nous mettre à genoux : on cherche une sortie, mais on reste pris dans le labyrinthe et, au final, il ne reste que la chute.
Introjects avait déjà eu droit à sa chronique à la sortie du single (à retrouver ici), donc je ne vais pas refaire la même analyse. Mais je tiens quand même à ajouter un détail : j’adore l’intro, portée par une ligne de basse vibrante et tranchante. C’est un véritable régal auditif !
Poursuivons notre exploration de ce merveilleux album avec I, the Deceit (feat. Sakis Tolis de Rotting Christ), le seul duo de l’album et la première collaboration d’Unverkalt avec un autre artiste ! Alors, je sais, je vais en faire bondir certains, mais je ne connaissais pas du tout Rotting Christ jusqu’à ce jour. Je crois que j’ai vu le nom passer une fois ou deux, mais c’est tout.
Mais en tout cas, quel plaisir de découvrir la voix de Sakis Tolis, qui fait des merveilles avec Demetria, et les deux s’accordent à la perfection ! Je redoutais un peu le côté duo, car j’ai l’impression que c’est devenu très monnaie courante dans le metal, un peu comme un “incontournable” pour beaucoup de groupes, et souvent je trouve le résultat déjà entendu (Within Temptation) ou ultra décevant et fade (Tarja feat. Dani Filth). Mais ici, j’ai été extrêmement agréablement surpris par la qualité de ce duo et du titre !
Sur le plan des paroles, I, the Deceit est un uppercut en pleine face ! Le titre pointe du doigt l’indifférence de celles et ceux qui laissent le monde s’effondrer et brûler (et ils sont malheureusement nombreux) non pas par ignorance, mais parce que cela les sert. Demetria explique d’ailleurs que la chanson porte le poids de cette cruauté devenue presque “ordinaire”, intime, comme si elle faisait partie du quotidien. Et musicalement, tout renforce cette sensation de plaie à vif : les guitares semblent palpiter de douleur, l’atmosphère est lourde et noire, et Sakis Tolis crache son mépris sur le refrain avec une intensité incroyable. Pourtant, au milieu de cette tempête, une fissure de lumière apparaît grâce au chant clair de Demetria, avec cette idée d’un cœur commun et d’une vérité encore possible. À noter aussi que certains passages de Sakis Tolis sont chantés en grec, ce qui renforce encore l’identité du morceau et l’ancre parfaitement dans les racines du groupe.
La chanson est, une fois de plus, magnifiquement mise en images par Themis. C’est le clip le plus épuré des quatre, mais il regorge toujours de métaphores et de symboles. Demetria apparaît notamment avec une sorte de voile en tulle et les yeux bandés, une image forte qui symbolise parfaitement ceux qui laissent le monde s’effondrer et brûler. Les textures rouges, presque incandescentes, m’ont d’ailleurs immédiatement fait penser à un monde qui explose, qui saigne, qui s’embrase sous nos yeux. Et la dualité entre ces séquences rouges et celles qui sont blanches renforce encore le contraste : comme une fissure de lumière au milieu du chaos, avec cette idée d’un cœur commun et d’une vérité encore possible. Sakis Tolis est également très présent dans le clip : d’abord figé, presque impassible, puis soudain explosif. Que ce soit dans l’ambiance blanche ou rouge, sa gestuelle et son interprétation imposent une tension brute, comme une colère qui ne cherche pas à se cacher.
Death Is Forever, avant-dernière piste de l’album, est probablement la chanson qui apporte une petite touche de douceur et de romantisme, même si la musique reste puissante et tranchante. C’est également le titre qui a la particularité d’être le plus court de l’album (4’50, contre 5 à 6 minutes pour le reste des chansons d’Héréditaire). C’est aussi l’un des morceaux les moins complexes de l’ensemble, avec un refrain d’une efficacité redoutable : “They rest their bones / They’re absorbed in the dirt / Death is forever / We stand here now / Look how we lay on the ground / Death is forever”.
Les couplets et le refrain sont répétés 2 à 3 fois, comme une sorte de mantra, rendant le morceau extrêmement envoûtant. Demetria déploie tout son talent de vocaliste, entre un sublime mélange de chant clair, éthéré et guttural, couplé à la puissance d’Eli et à l’effet d’un chœur en arrière-plan sur certains passages. Ce titre est un pur bonheur !
Côté texte, Death Is Forever est d’une lucidité glaciale. Le refrain martèle l’inévitable, tandis que l’image de “l’eau bénite” qui n’est même plus pure laisse une impression terrible : on cherche à se laver, à se sauver, mais rien n’efface vraiment la fin. Entre l’image des corps “absorbés par la terre” et celle du temps qui nous rend “plus froids, plus pâles, plus vieux”, le morceau laisse une sensation implacable, comme un verdict qu’on n’a pas envie d’entendre, mais qu’on ne peut pas contester.
Le voyage musical s’achève avec Maladie de l’Esprit, qui offre les derniers instants de frissons, de douce mélancolie et de rage ultime, et referme à la perfection Héréditaire. L’introduction s’ouvre de façon dramatique sur des notes de bouzouki (du moins, c’est ce qu’il me semble), ce qui rend le morceau ultra captivant dès les premières secondes. Demetria nous cueille une dernière fois avec douceur, apportant une certaine sérénité au premier couplet, avec cette ligne de basse profondément vibrante et ces notes de guitares électriques lointaines : j’en ai eu la chair de poule !
Puis tout monte progressivement en puissance à partir du refrain : “Oh aching heart, where are you tonight? / (Oh aching heart, where…) / Oh aching heart, where are you tonight? / You were meant to be that way”, avec la batterie lourde et percutante, les guitares et la basse qui accélèrent de plus en plus. Puis retour au calme avec un effet vocal qui donne l’impression de surgir d’outre-tombe, avant un déchaînement total et maîtrisé pour la dernière partie, qui s’achève sur un merveilleux “Can we make it better? / Better…” en boucle, d’abord porté par Demetria, puis rejoint par Eli.
Les paroles de Maladie de l’Esprit racontent une descente intérieure étouffante, faite de mensonges, de repères perdus et de vieilles blessures qui serrent encore trop fort.. Mais au milieu de cette noirceur, le refrain revient comme un mantra, fragile et précieux : “Soon and very soon tears shall dry” (Bientôt, et très bientôt, les larmes sécheront.)
Pour conclure cette chronique, Héréditaire est un album monstrueux, il est plus qu'un coup de coeur et c'est l’un des meilleurs que j’ai écoutés à ce jour ! Il jouit d’une richesse incroyable à tous les niveaux : musical, vocal et culturel. J’ai lu que le groupe avait poussé davantage l’expérimentation sur cet album, et cela se ressent pleinement, tout en gardant une très forte cohérence entre les morceaux. Ce sont ces différentes facettes offertes par le groupe qui m’ont totalement conquis et qui ont renforcé le coup de foudre que j’ai eu pour eux en début d’année ! Au fil des différentes écoutes que j’ai effectuées pour rédiger cette chronique, je me suis rendu compte que mes titres préférés changeaient systématiquement. Il m’est totalement impossible de choisir un ou deux morceaux plutôt que d’autres, tant l’album se montre cohérent et inspiré dans son ensemble.
Un immense bravo à Unverkalt pour ce magnifique travail et ce merveilleux album, à Demetria pour la pureté et la puissance de son incroyable voix (qui fait désormais partie de mes chanteuses préférées), à Eli pour sa fureur vocale, ainsi qu’à Themis pour son travail artistique grandiose !
Je vous mets en bonus le Live Studio Performance du titre Oath Ov Prometheus, que je trouve vraiment excellent. Joscha y rejoint Demetria et Eli pour les chœurs gutturaux, et cette performance m’a collé de gros frissons, mais m’a également donné une envie folle d’assister à l’un de leurs concerts ! Enjoy !
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Leur merchandising est disponible sur leur shop officiel et via le site Season of Mist
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Unverkalt et Sakis Tolis. © Silvio Pelegrin