Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Aux notes enchantées
Publicité
Aux notes enchantées
Aux notes enchantées

Salut, moi c’est Steeve ! 42 ans, passionné de musique, et jamais rassasié de découvertes sonores. Ce blog, c’est mon espace pour partager mes coups de cœur et donner un coup de projecteur à des artistes qui méritent d’être écoutés fort. Si tu aimes les chroniques honnêtes, écrites le cœur, tu es au bon endroit. N’hésite pas à laisser un mot ou à partager tes propres découvertes
Voir le profil de Steeve49 sur le portail Canalblog

Publicité
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 286 805
Aux Notes Enchantées
Newsletter
Suivez-moi
Publicité
10 août 2026

Roberta Gulisano, entre lumière sicilienne et textes sans concession

 

Dans quelques jours débutera le festival Les Traversées de Tatihou, et je souhaitais revenir avec vous sur quelques-uns des artistes qui m’ont marqué lorsque j’ai découvert la programmation. Je commence avec l’une des plus solaires d’entre eux : Roberta Gulisano, chanteuse folk contemporaine italienne. Mais avant de nous intéresser à sa musique, faisons d’abord connaissance avec cette artiste sicilienne au parcours particulièrement intéressant.

 

Roberta Gulisano débute son parcours à l’âge de 12 ou 13 ans, dans le cadre d’un atelier de danses traditionnelles organisé au lycée. Très timide, elle y trouve d’abord une manière de s’exprimer et de créer du lien avec ses camarades. Le groupe devient ensuite la Compagnia Triskele, au sein de laquelle elle évolue principalement comme danseuse. Son passage au chant se fait presque par hasard lorsqu’une chanteuse tombe malade et qu’on lui demande de la remplacer.

Lorsqu’elle part étudier à l’université de Palerme, son horizon musical s’élargit grâce à son implication dans la scène locale. Elle intègre ensuite le conservatoire Vincenzo Bellini, où elle étudie le jazz et commence à composer ses propres morceaux.  Sa première chanson entièrement structurée, « Mennula Amara », voit le jour en 2008. Elle figurera huit ans plus tard sur son deuxième album, Piena di(s)grazia.


 

 

Cette formation et ces différentes expériences lui permettent peu à peu de façonner son propre univers musical, entre chanson d’autrice, influences jazz et traditions siciliennes. En 2012, elle dévoile son premier album, Destini Coatti, un projet inspiré par l’œuvre de l’écrivaine Goliarda Sapienza et consacré à plusieurs destins de femmes.
 

Pour ma part, c’est avec Destini Coatti que je suis véritablement entré dans l’univers de Roberta Gulisano, après avoir découvert deux ou trois chansons sur sa page artiste Tidal. J’ai d’emblée été conquis par la chaleur qui se dégage de sa musique. Dès le morceau d’ouverture, « Adela che cade », ses racines siciliennes se font pleinement ressentir, avec des sonorités chaleureuses et lumineuses qui traversent une grande partie de l’album.

 

Mais ne vous fiez pas à cette apparente légèreté : les textes, eux, jouent souvent sur un tout autre registre, se révélant parfois sombres, grinçants et particulièrement corrosifs. Destini Coatti s’intéresse ainsi à différents destins de femmes, abordant aussi bien les violences conjugales (Adela che cade), la solitude (C.M.) ou le rapport au corps et à l’image de soi (100 grammi, Canzone per donna imperfetta), que l’hypocrisie sociale (Freak & Chic), sans pour autant délaisser des thèmes plus intimes comme l’amour (Troppo profondo per le 23).
 

 

Roberta sort quatre ans plus tard l’excellent Piena di(s)grazia, un deuxième album qui conserve cette écriture engagée tout en accordant une place encore plus importante aux questions sociales et politiques. Sur Bandcamp, elle le décrit comme neuf "prières anarchiques" dirigées contre une trinité : l’argent, le pouvoir et l’oppression.

 

L’album démarre fort avec le titre éponyme, Piena di(s)grazia, qui détourne directement l’imagerie religieuse pour dénoncer les pouvoirs économique, politique et religieux. Avec Giru di ventu, Roberta nous ramène ensuite vers une Sicile rurale faite de terres desséchées, de départs et de vies difficiles, mais aussi de résistance : même lorsque la route monte et que tout s’assombrit, il faut continuer à avancer.

 

Le troisième titre, La brigante, revisite quant à lui l’unification italienne à travers le point de vue d’une femme du Sud qui refuse la soumission, dans un texte ouvertement militant. 

 

Elle y aborde également le monde du travail, notamment les contrats précaires et les salaires insuffisants avec « Mattanza », qui dénonce une vie professionnelle devenue presque une forme d’exploitation acceptée comme normale.

 

Avec « Controcorrente », Roberta revient sur le drame migratoire de Lampedusa du 3 octobre 2013, en adoptant notamment le point de vue de pêcheurs venus porter secours aux naufragés, tout en dénonçant avec virulence l’inaction politique face à la tragédie.
 

 

 

Après la sortie de Piena di(s)grazia, la vie de Roberta prend un nouveau tournant lorsqu’elle s’installe en Angleterre. Elle met alors la musique entre parenthèses pour se consacrer à sa famille, à son travail et à son adaptation à cette nouvelle vie. Au fil du temps, elle perd progressivement ses repères et finit par comprendre qu’elle doit reprendre son parcours musical là où elle l’avait laissé.

 

Elle compare cette période à un citronnier planté dans une terre différente : ses racines sont toujours là, mais l’arbre ne parvient plus à fleurir. Elle comprend alors qu’elle doit recréer autour d’elle les conditions nécessaires à son propre épanouissement.

 

C’est dans ce contexte que naît son EP A ccu apparteni. Cette expression ne signifie pas vraiment “D’où viens-tu ?”, mais plutôt “À qui appartiens-tu ?  La question porte donc sur les personnes, la famille, la culture, la langue et les valeurs qui nous constituent. Roberta dédie explicitement ce projet aux déracinés, à ceux qui ont quitté leur terre avec leur solitude, mais aussi leur fierté.

 

Musicalement, ce changement se ressent également : l’ambiance se fait plus retenue, plus sombre et mélancolique, tout en restant aussi séduisante que sur ses deux premiers albums. Côté textes, Roberta aborde plusieurs thèmes et reste toujours aussi engagée. Elle évoque notamment la mémoire et l’oubli autour de l’univers des anciennes mines de soufre siciliennes (A’ Surfarara), mais aussi les inquiétudes écologiques à travers les incendies, les crues, la destruction des terres, la cupidité humaine et la perte collective de repères (« U cuntu »). Elle parle également d’amour passionnel, presque dévorant (« Amuri ca ppi ttia , mais surtout de racines, d’identité, d’origines, de déplacement et de reconstruction avec (A ccu apparteni).

 

J’ai eu un coup de cœur pour le titre Muscià, notamment pour son introduction à la musicalité étrange, décalée et quelque peu théâtrale. Cette dimension presque espiègle se retrouve également dans l’interprétation de Roberta, comme si elle donnait vie sous nos yeux à cette petite scène de village. La chanson met en scène des commérages : une femme vient en voir une autre avec un prétexte banal, puis, très vite, elle lui raconte ce qu’elle a vu dans la ruelle : la fille d’untel avec un jeune homme. Elle enchaîne alors avec les détails, les sous-entendus et les petits secrets… tout en lui faisant promettre, évidemment, de ne rien répéter. Derrière ce ton amusé se cache néanmoins une critique des mauvaises langues et des rumeurs qui peuvent finir par abîmer les familles et les relations.

 

 

Pour conclure cette chronique, ma découverte de Roberta Gulisano est un véritable coup de cœur qui m’a ouvert les portes d’un univers musical que je connaissais encore peu, à la croisée des traditions siciliennes et d’une approche résolument contemporaine. Entre la richesse de ses compositions, la profondeur de ses textes, son engagement et cette capacité à mêler chaleur musicale et thématiques parfois beaucoup plus sombres, je ne pouvais que succomber à son talent.

 

Au fil de ses deux albums et de son EP, Roberta dévoile une artiste profondément attachée à ses racines, mais qui ne se contente jamais de regarder vers le passé. Elle les fait vivre, les transforme et les utilise pour parler de notre époque, de ses injustices, de ses blessures mais aussi de l’amour, de l’identité et de ce besoin universel de savoir à quoi, ou à qui, nous appartenons.

 

Une très belle découverte qui me confirme tout l’intérêt que j’ai eu à me pencher sur la programmation des Traversées de Tatihou, où vous pourrez retrouver Roberta Gulisano le 12 août de 21h à 22h15 à l'glise de Montfarville !

 

 

Vous pouvez suivre et soutenir Roberta Gulisano sur sa page Bandcamp, sa page Facebook, son compte Instagram et sa chaîne YouTube ! 

Publicité
3 août 2026

Bjorth & Kveld nous plongent au cœur du rituel avec Blotvegr

 

Après Drengr, Hedeby et Branngrav, Bjorth et Kveld unissent à nouveau leurs talents autour d’un nouveau morceau : Blotvegr !

Et quelle merveille ! Une nouvelle claque musicale et un pur régal auditif.

 

Petite anecdote intéressante concernant la naissance de Blotvegr : Björn m’a expliqué que la composition avait initialement été créée pour un autre de ses projets, tandis que Kveld lui avait proposé le concept et les paroles du morceau, prévus à l’origine pour une autre musique. En intégrant la voix de Kveld à sa propre composition, Björn a trouvé que l’ensemble fonctionnait parfaitement : c’est ainsi que Blotvegr est né !

 

Il m’a également précisé que les voix féminines proviennent d’enregistrements studio réalisés par d’autres interprètes et que l’on peut entendre un chœur d’enfants à la fin du morceau. Il a aussi tenu à souligner qu’aucune intelligence artificielle n’avait été utilisée dans sa création.

 

Le descriptif de l’official lyric video annonce déjà la couleur :

 

De la terre jusqu’au ciel, à travers le feu,
tu rejoindras la demeure d’Odin.

 

Bienvenue dans notre nouvelle aventure sonore : Blotvegr.

 

La chanson s’ouvre sur le son profond d’un carnyx celtique, dont la résonance semble remonter des entrailles de la Terre. La voix de Kveld s’élève ensuite comme une véritable invocation, portée par des percussions grondantes, lourdes et puissantes. La répétition de « blóta til » donne progressivement au chant un côté presque hypnotique, chaque nouvelle phrase semble renforcer le rituel, comme si l’on assistait à une véritable cérémonie venue d’un autre temps. Après cette première montée en puissance, les percussions s’effacent momentanément et la composition se fait plus dépouillée, presque recueillie.

 

 

Cette accalmie laisse toute sa place à la gravité du texte, qui évoque le chemin emprunté par les ancêtres, celui que nous suivons aujourd’hui et que parcourront à leur tour les générations futures. Puis les percussions repartent de plus belle, d’abord par roulements, avant d’adopter une cadence martiale qui relance l’invocation avec encore plus d’intensité.

 

L’arrivée des chœurs féminins vient alors sublimer la chanson en lui apportant une dimension mystique qui m’a donné de gros frissons ! Les voix se mêlent parfaitement à celle de Kveld et renforcent encore l’impression d’assister à un véritable rituel. Les percussions se font ensuite plus espacées pendant quelques instants, avant de repartir dans une dernière montée en puissance.

 

Les chœurs prennent de plus en plus d’ampleur, jusqu’à l’apparition d’un chœur d’enfants qui donne au morceau une dimension encore plus saisissante ! Tous les éléments semblent se rejoindre dans un ultime élan, comme si le rituel atteignait enfin son point culminant, pour nous offrir une fin grandiose et épique ! J’ai été scotché jusqu’à la dernière seconde.

 

J’ai également beaucoup aimé l’official lyric video, dans laquelle on découvre un cœur de lave en fusion qui semble respirer, comme si nous nous trouvions au-dessus d’un volcan en éruption.

 

Pour conclure, Blotvegr est une nouvelle réussite pour Bjorth et Kveld ! Envoûtant, percutant et d’une intensité incroyable, ce single confirme tout le talent de deux artistes qui sont, à mes yeux, en train de devenir incontournables sur la scène dark folk nordique.

 

Vous pouvez suivre et soutenir Bjorth sur leur site officiel, ainsi que sur: Instagram, Facebook, Bandcamp et sur leur chaîne YouTube .

 

Pour suivre Kveld, rendez-vous sur : Instagram, Bandcamp et YouTube .

 

Découvrez également ma chronique consacrée à Bjorth et à son single Fall of Midgard ici