Cyb1rth - Viscéral : puissance, engagement et vertige cybernétique
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© Artwork : Benoît Bedrossian
L’une de mes découvertes coup de cœur musicales de cette fin d’année 2026 est Cyb1rth, que j’ai connu grâce à Sangham et à leur clip Reclaim , auquel Amanda, la chanteuse du groupe, a participé.
Cyb1rth est un groupe de Post Core/Cyber Metal établi en 2022 dans la région de Toulon.
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© Jessica Mahaut
Le groupe se compose de :
- Amanda Pierquin (chant)
- Nicolas Maigné (guitare)
- Mickael Assailly (guitare)
- Julian Zabelssøn (basse, samples, synth, violoncelle, saxophone, voix additionnelles)
- Florian Chobriat (batterie)
Avant toute chose, je vais être honnête avec vous : cette chronique va être frustrante à écrire, parce que Viscéral est vraiment un excellent album, d’un très haut niveau. Dans ce genre de situation, comme vous le savez si vous me suivez depuis quelque temps, j’aime chroniquer les morceaux piste après piste afin de bien décortiquer l’ensemble et d’analyser chaque titre.
Sauf qu’ici, nous sommes face à 16 morceaux. 16 merveilles musicales qu’il m’est tout simplement impossible de chroniquer individuellement, sous peine de vous perdre en cours de route, chers lecteurs et chères lectrices !
Ce qui m’a le plus sauté aux oreilles et littéralement conquis avec Viscéral, c’est la qualité de la production, absolument remarquable. C’est ultra propre, totalement enveloppant et, surtout, j’arrive à distinguer chaque instrument, que ce soit les guitares, la basse, les synthés ou la batterie !
Bon, peut-être que je suis plus en forme et dans une période où je suis particulièrement sensible aux arrangements, mais généralement, j’ai besoin de me concentrer pleinement et de plusieurs écoutes pour bien distinguer certains instruments qui, parfois, se retrouvent noyés dans l’ensemble. Ce qui n’est absolument pas le cas ici.
Le second point qui m’a scotché, c’est la richesse musicale de l’album et son incroyable diversité ! Les riffs sont bien lourds et incisifs, j’adore l’ambiance cybernétique qui se dégage tout au long de Viscéral, ainsi que ces petites touches de musiques du monde, parfois orientales, que l’on retrouve notamment sur A Blank Planet, The Green Armada ou encore A Twelve Mile Forest.
L’ensemble est un pur régal auditif ! Et tout est fait avec une incroyable justesse et dans un équilibre parfait, Les titres s’enchaînent avec une fluidité presque déconcertante ! Il n’y a jamais de sentiment de « too much », ni cette impression que certains éléments sont là uniquement pour remplir les morceaux. Absolument pas !
En évoquant l’atmosphère cybernétique, c’est quelque chose qui m’a beaucoup plu durant mon écoute de Viscéral, parce que c’est une ambiance que j’affectionne particulièrement et que, malgré tout, j’ai encore peu explorée. Les sonorités futuristes des synthés utilisées par Cyb1rth sont particulièrement réussies sur des titres comme ZimA, Fractale et Flammis Acribus Addictis, qui m’ont rappelé l’excellente BO du jeu vidéo Remember Me, signée Olivier Derivière et qui fait partie de mes bandes originales préférées. Je ne pouvais donc pas rester insensible à ces morceaux.
Et puisque j’évoque Flammis Acribus Addictis, un autre détail m’a interpellé : la répétition de « Confutatis maledictis » m’a forcément renvoyé au Confutatis du Requiem de Mozart, même si musicalement les deux univers n’ont absolument rien à voir. Une association toute personnelle, mais qui a tout de suite retenu mon attention.
Les derniers éléments qui ont parachevé mon coup de cœur pour Cyb1rth sont, bien entendu, la voix phénoménale d’Amanda et les textes ultra engagés du groupe ! Ce qui m’a particulièrement séduit dans son chant, c’est cette alternance entre une voix gutturale et une voix claire quasi cristalline (non, rien à voir avec les bouteilles d’eau), qui m’a donné la chair de poule plus d’une fois ! Il y a même une petite touche d'envolée lyrique à un peu plus de la moitié de l'excellent My Own Uppsala, que je trouve sublime et s'accorde à la perfection à l'ambiance de la chanson ! J’apprécie également énormément son aisance aussi bien en français qu’en anglais, les deux langues se côtoyant même parfois au sein d’un même morceau sans jamais casser sa fluidité vocale.
Il fut une période où j’avais une nette préférence pour les chanteuses symphoniques, comme Tarja, mais ces derniers temps, je dois bien avouer que les chanteuses capables d’alterner chant guttural et chant clair ont clairement ma préférence !
Et la puissance d'Amanda sert également parfaitement les textes engagés de Cyb1rth, qui sont ultras percutants, à l'image du dernier single Immaculée Conception. Le groupe y aborde avec justesse la procréation, la morale imposée, le droit de disposer de son corps et la conception forcée, avec également des références très dures à l’inceste et à la violence. À une époque où les droits des femmes font encore l’objet de reculs et de remises en cause dans de nombreux pays, je trouve cette chanson extrêmement pertinente et importante !
J’avais évoqué plus tôt dans cette chronique ZimA, qui est l’un de mes titres préférés de l’album. Ici, le groupe aborde les dérives technologiques et la place de l’humain au milieu de tout cela. La chanson semble adopter le point de vue d’un être artificiel qui questionne son corps, sa création, ses sensations et ce que les humains ont fait de lui.
Là encore, à l’heure où l’intelligence artificielle se développe à une vitesse folle, je trouve ce titre particulièrement pertinent et très bien amené. L’ambiance cybernétique est en parfaite adéquation avec le texte, dont elle renforce à la fois la puissance et la charge émotionnelle.
Un autre titre que j’adore est The Green Armada, dans lequel Cyb1rth aborde cette fois-ci l’écologie et les conséquences de la pollution. Le texte est particulièrement imagé : l’air devient irrespirable, la fumée envahit tout et les différents gaz toxiques semblent littéralement s’insinuer dans les veines. Le groupe pointe également du doigt l’ego humain et les créations qui participent à cette destruction, tandis que la Green Armada apparaît comme une véritable force de résistance, engagée dans un combat pour le vivant.
J’aime beaucoup cette manière de traiter l’écologie sans simplement délivrer un message, mais en nous plongeant directement dans un monde devenu presque invivable. Là encore, le fond et l’univers musical de Viscéral se rejoignent parfaitement, notamment à travers cette confrontation entre l’organique et le robotique.
Il est cependant important de préciser que Cyb1rth n’adopte jamais une posture de donneur de leçons. Le groupe cherche davantage à susciter la réflexion et le questionnement, en laissant chacun se confronter aux thèmes abordés.
D’autres titres me touchent et me plaisent énormément, à l’image de Convergence, Eris ou encore My Own Uppsala. Mais comme je l’ai expliqué au début de cette chronique, il m’est impossible de parler de chacun des morceaux, même s’ils le mériteraient tant ils sont tous excellents ! Que ce soit par leurs textes, leurs mélodies diablement efficaces ou la richesse de leurs arrangements, il y aurait énormément de choses à dire, mais ma chronique deviendrait beaucoup trop longue.
Il m’est cependant impossible de ne pas vous parler du dernier titre de l’album, Swarming Spire, qui offre à Viscéral une conclusion absolument majestueuse. Son introduction est sublime, mêlant guitare acoustique et notes de saxophone d’une beauté incroyable, le tout dans une atmosphère terriblement envoûtante. La suite laisse place à des mélodies et des riffs de guitares électriques particulièrement puissants, accompagnés d’un piano que j’apprécie énormément et que l’on retrouve également dans les derniers instants du morceau.
Une voix cybernétique vient finalement conclure l’ensemble et reste, jusqu’à la dernière seconde, parfaitement fidèle à l’univers de Viscéral.
Les quelques paroles de Swarming Spire prononcées par cette voix cybernétique, particulièrement énigmatiques, viennent renforcer cette impression de fin ouverte. Elles évoquent notamment une tour née des entrailles de la Terre, presque vivante, ainsi qu’un choix à faire face à ce qui nous attend. Une conclusion qui prolonge jusqu’au bout les questionnements de Viscéral autour du vivant, de la technologie et de leur possible fusion.
Dans l’univers du metal, je n’avais pas entendu une conclusion d’album aussi épique et marquante depuis Prometheus, Symphonia Ignis Divinus de Luca Turilli’s Rhapsody !
Pour conclure cette chronique, Viscéral est pour moi l'album metal français de l'année (pour le moment), profondément puissant, intense et engagé ! Cyb1rth parvient à proposer une œuvre d’une richesse musicale impressionnante, aussi bien dans ses arrangements et ses mélodies que dans ses textes, tout en conservant une identité forte et une cohérence remarquable du début à la fin. La production est superbe, la voix d’Amanda m’a donné la chair de poule à plusieurs reprises et chaque écoute me permet encore de découvrir de nouveaux détails.
Viscéral est de ces albums qui ne se contentent pas d’être excellents musicalement : ils interrogent, remuent et laissent une véritable empreinte une fois la dernière note passée.
Dernier point, et non des moindres, que j’ai fortement apprécié : Viscéral dure 1 h 05, et ça fait plaisir ! À l’heure où, malheureusement, beaucoup d’artistes et de groupes publient des albums courts de 30 à 40 minutes, à l’image d’une société où tout doit se consommer de plus en plus rapidement, Cyb1rth prend ici le contrepied en proposant un album de plus d’une heure. Et pourtant, il passe très vite, sans jamais donner la moindre sensation de remplissage !
Vous pouvez suivre et soutenir Cyb1rth sur Bandcamp, Facebook, Instagram ainsi que sur leur chaîne YouTube
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© Jessica Mahaut