Ductape – Faded Flowers : danser au milieu des fleurs fanées
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En septembre dernier, Ductape publiait son quatrième album, Faded Flowers, seulement deux ans après l’excellent Echo Drama, dont vous pouvez retrouver ma chronique ici !
Avec Faded Flowers, Çağla et Furkan nous offrent dix titres d’une efficacité redoutable, qui restent durablement en tête, oscillant entre une beauté sombre et mélancolique et cette irrésistible envie de danser pour mieux s’échapper d’un quotidien parfois morose.
L’album décrit l’humanité comme un champ de fleurs fanées, épuisées par la répétition, l’isolement, les attentes sociales et l’engourdissement émotionnel. Ductape y aborde également les identités imposées, les faux dieux modernes, le conformisme ou encore la résistance intérieure. Un joyeux programme, donc.
L’album débute par l’excellent Figures, porté par une ligne de basse tranchante, mais également par la voix de Çağla, toujours aussi incroyablement belle et hypnotique.
Ces « figures » immobiles qui regardent le ciel et les étoiles me font penser à des individus devenus presque anonymes, englués dans une existence répétitive, mais qui rêvent encore d’ailleurs. Toute la chanson est traversée par ce désir d’être libre, de pouvoir s’élever et s’échapper.
Et puis il y a ce refrain : « Will you let me go, let me go / High up in the air / Will you let me go, let me go / High up in the air ». Un refrain d’une efficacité redoutable, qui s’est installé dans ma tête dès la première écoute et qui, depuis, refuse gentiment d’en sortir !
Le second titre Fine et premier single mis en ligne par Ductape en octobre 2025 , que j'avais chroniqué lors de sa sortie me plaît toujours autant et je le trouve toujours aussi percutant.
J’aime particulièrement le paradoxe qui traverse ses paroles : on y ressent une véritable chute, une perte de contrôle, presque un effondrement, alors que Çağla affirme pourtant : But I feel fine / For the first time. Comme si toucher le fond permettait enfin d’accepter ce que l’on ressent et de recommencer à avancer. Le morceau fait également directement apparaître l’image des fleurs fanées, qui prend forcément une autre dimension maintenant qu’il s’inscrit au cœur de l’album.
Poursuivons notre exploration musicale avec l’une de mes chansons préférées de Faded Flowers: Obscure qui était le 3e single publié en mars dernier ! Dès l’introduction, les synthés aux sonorités électro sautillantes, les boîtes à rythmes très rétro années 80, la profonde ligne de basse et les notes de guitare aériennes offrent un mélange sombre et dynamique à souhait. Le résultat est tout simplement merveilleux, et c’est sans doute mon introduction préférée de l’album avec celle de Burn !
Ductape y évoque les systèmes de pouvoir et les « faux dieux ». Il est question d’un règne qui trahit, d’une lumière volée, d’anciens dieux et de faux principes moraux qui finissent par perdre leur pouvoir. Malgré tout, le titre s’achève sur une note plus optimiste, Çağla portant cette idée de récupérer sa propre lumière et de reconstruire sa vie, même lorsque le feu semble s’éteindre.
On enchaîne avec Gölgesiz qui a été le 2e single révélé par le duo, où Ductape chante en turc, leur langue maternelle. Je ne maîtrise absolument pas cette langue, je me suis donc appuyé sur Google Traduction afin d’en saisir le sens général. D’ailleurs, le site a énormément progressé en matière de qualité de traduction, je ne m’y attendais pas ! 😅
Et derrière ce titre que l’on peut traduire par « Sans ombre », comme vous pouvez vous en douter, le texte n’est pas franchement des plus lumineux. Mais je le trouve magnifique, très imagé et métaphorique à souhait. Il évoque un profond effondrement intérieur, le poids de fardeaux difficiles à nommer et cette impression de sombrer malgré les tentatives pour se relever.
J’aime particulièrement l’image de Çağla se décrivant comme une « tempête silencieuse », dispersée dans les ténèbres et « sans ombre ». Une manière très forte d’évoquer à la fois la perte de repères, la solitude et cette force qui continue malgré tout d’exister sous la surface.
Gölgesiz a d’ailleurs parfaitement été mis en scène dans un magnifique clip en noir et blanc. Sous un ciel menaçant, la silhouette de Çağla se brouille, se déforme et semble par moments se disperser dans le paysage avant de réapparaître, faisant directement écho aux images utilisées dans les paroles. Une très belle manière de mettre en scène cette tempête intérieure qui traverse toute la chanson.
Je vais être honnête avec vous concernant la piste suivante de Faded Flowers, Velvet Dawn : je n’ai absolument pas aimé cette chanson à la première écoute. J’ai même fini par passer au titre suivant au bout de deux minutes.
Cependant, musicalement, je n’aime pas rester sur un premier jugement lorsque je n’accroche pas à un morceau, surtout lorsqu’il s’agit d’artistes que j’adore. Lors de ma deuxième écoute de l’album, j’ai donc laissé Velvet Dawn aller jusqu’au bout, et le titre était déjà mieux passé. Mais c’est à la troisième écoute que je l’ai vraiment aimé !
Velvet Dawn m’a également évoqué par moments l’univers de Sopor Aeternus, autant dans son balancement sombre et presque valsé que dans la manière de poser la voix, lente, étirée et légèrement traînante, donnant par instants au morceau des airs de cabaret gothique. Une association qui m’a notamment rappelé certains titres comme In der Palästra ou Alone at Sam’s, sans pour autant que les deux univers soient réellement similaires.
Pour ma part, c’est probablement l’un des titres les plus expérimentaux du duo, et certainement celui qui se démarque le plus du reste de leur discographie, avec une prise de risque finalement plutôt réussie.
Burn ouvre la seconde moitié de l’album, avec une intro carrément flinguante, crépitant comme une rafale de mitraillette lancée à plein régime. S’ensuit une ambiance dansante, entre des notes de synthé et une ligne de basse bien tranchantes, accompagnées d’une boîte à rythmes particulièrement percutante.
Le tout est magnifiquement porté par Çağla qui, vocalement, fait un boulot remarquable et nous emporte complètement dans l’ambiance de la chanson. Et je suis totalement fan du refrain : « Burn with my demons / They call me fire / The devil you fear is your desire », que je trouve encore plus efficace que ceux de Figures ou Fine.
Les paroles jouent d’ailleurs beaucoup sur le jugement porté sur une femme perçue comme sombre ou dangereuse, alors que Çağla semble au contraire assumer pleinement cette part d’elle-même. Une forme d’acceptation de soi presque provocatrice qui colle parfaitement à l’énergie du morceau.
Pas vraiment le temps de redescendre après Burn puisque Ductape enchaîne avec D.E.R.T, un titre ultra dynamique qui doit être une sacrée tuerie en live !
Et pourtant, derrière cette énergie débordante se cache un texte beaucoup plus mélancolique. D.E.R.T évoque cette étrange solitude que l’on peut ressentir au milieu de la foule, entouré de lumières, de bruit et de mouvement, tout en ayant malgré tout l’impression d’être invisible.
On reprend nos esprits avec Sad Gravity et son intro à la guitare acoustique, qui offre une mélodie aux accents orientaux particulièrement plaisante à écouter, comme un petit clin d’œil, selon moi, aux origines turques du duo. Le tempo se fait plus lent, mélancolique et envoûtant à la fois, apportant une véritable respiration après l’énergie débordante des deux titres précédents.
Les paroles sont à l’image de la musique, profondément mélancoliques, évoquant des émotions que l’on garde enfouies jusqu’à ne plus pouvoir les contenir, mais aussi cette difficulté à guérir et à ressentir pleinement les choses. J’aime d’ailleurs beaucoup le clin d’œil à Velvet Dawn, directement cité dans le texte, créant un joli lien entre les deux morceaux.
Delilik, avant-dernière piste de Faded Flowers et second morceau de l’album chanté en turc, renoue avec une ambiance beaucoup plus dansante. Après la respiration mélancolique de Sad Gravity, les synthés et la boîte à rythmes reprennent le dessus, accompagnés d’une incroyable ligne de basse, profonde et particulièrement présente, qui donne énormément de relief au morceau. Le tout est une nouvelle fois porté par la voix envoûtante de Çağla.
Le titre, que l’on peut traduire par « Folie » (merci Google Traduction à nouveau 😅), évoque pourtant quelque chose de beaucoup moins léger : une forme d’enfermement psychologique, comme si l’on cherchait désespérément une issue sans jamais réussir à la trouver. J’aime particulièrement l’image de cette clé qui n’ouvre aucune porte, tandis que le regard continue malgré tout de chercher la même sortie.
Et même au cœur de cette sensation d’être pris au piège, une petite lueur subsiste avec cette idée que la pluie finira par s’arrêter.
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L’album s’achève sur l’excellent Last Dance, un morceau hypnotique d’une durée de 6 min 34 ! Moi qui suis friand de longs morceaux, je n’ai pas été déçu. La voix de Çağla est d’une gravité incroyable sur ce titre, terriblement mélancolique et envoûtante. Musicalement, le tempo se fait lent, tout en conservant cette efficacité qui aura été omniprésente tout au long de Faded Flowers.
Mais le passage qui m’a littéralement conquis arrive dans la dernière minute du morceau ! À partir de 5 min 31,Last Dance change complètement d’ambiance et la chanson passe à l’envers Un procédé assez original que je n’avais, jusqu’ici, entendu qu’une seule fois, sur Dinner at Deviant’s Palace de Cradle of Filth.
Le texte évoque quant à lui la fin d’une relation avec une certaine résignation, comme si les deux personnes savaient désormais qu’il n’y avait plus rien à sauver. Cette « dernière danse » prend alors des airs d’ultime face-à-face, marqué par le silence, la violence et la lucidité d’une séparation devenue inévitable. Le passage final à l’envers renforce encore cette impression de rupture, comme si tout finissait par se désagréger. Ce titre est un véritable coup de cœur, et son final clôt à la perfection Faded Flowers !
Pour conclure, Faded Flowers est un excellent album qui conforte Ductape comme l’un des duos incontournables de la scène gothique actuelle. Sombre, mélancolique, dansant et terriblement efficace, il réussit à rester cohérent du début à la fin tout en proposant des morceaux aux identités bien distinctes. Et malgré quelques titres qui m’ont demandé plusieurs écoutes, comme Velvet Dawn, l’ensemble s’est révélé particulièrement addictif.
Le seul petit regret que j’aurais à émettre concerne l’absence des excellents singles Faded Away et Blue Black, que j’aurais vraiment aimé retrouver sur l’album.
Il me tarde maintenant d’être au 14 février 2027 pour enfin les voir en live à Nantes ! Vous pouvez d’ailleurs déjà acheter vos places ici.
Vous pouvez suivre et soutenir Ductape sur leur Site Officiel, Bandcamp, Instagram, Facebook et YouTube !