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Aux notes enchantées
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Salut, moi c’est Steeve ! 41 ans, passionné de musique, et jamais rassasié de découvertes sonores. Ce blog, c’est mon espace pour partager mes coups de cœur et donner un coup de projecteur à des artistes qui méritent d’être écoutés fort. Si tu aimes les chroniques honnêtes, écrites le cœur, tu es au bon endroit. N’hésite pas à laisser un mot ou à partager tes propres découvertes
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Aux Notes Enchantées
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aux notes enchantees
16 décembre 2025

Avec This Won’t Cure Your Depression, Send Me Love Letters confirme tout son potentiel

 

 

En avril dernier, je découvrais l’excellent groupe Send Me Love Letters, un véritable coup de cœur qui marquait déjà mon début d’année. J’avais alors le sentiment de ne pas pouvoir trouver mieux du côté de la scène rock française. Leur nouvel EP, This Won’t Cure Your Depression, publié en octobre dernier, n’a fait que confirmer cette intuition.

 

Le groupe nous offre six titres chargés d’une intensité immédiate, et pose le décor dès The Mask & The Charades. Gabrielle y explore la désillusion amoureuse face aux faux-semblants et aux jeux de rôle émotionnels, ces jolis regards et ces beaux mensonges derrière lesquels plus rien n’est vraiment sincère. Lucide, elle voit clair désormais et refuse de se laisser piéger à nouveau.

Coincée entre conscience aiguë et noyade intérieure, la narratrice se protège en érigeant une armure : ne plus croire, ne plus tomber, quitte à ne plus ressentir. The Mask & The Charades saisit avec justesse cet instant fragile où les illusions s’effondrent, où l’on devient “plus malin que sage”, au prix d’une certaine perte d’innocence.

 

Avec Glastonbury (le titre qui m’a fait découvrir et aimer Send Me Love Letters), Gaby raconte une relation toxique, faite de déséquilibre et de dépendance affective. Malgré la lucidité, elle reste fidèle à cette histoire, acceptant la cruauté, la dureté et l’humiliation pour quelques bribes d’attention. Le morceau est puissant et bouleversant, tant il fait écho à des réalités vécues par de nombreuses femmes, enfermées dans des relations d’emprise. Si la tête reste haute en apparence, la blessure, elle, est bien là, profonde. Musicalement, ça décoiffe, la tension du morceau venant renforcer encore la brutalité de ce qu’il raconte.

 

 

Sur Pity Has Left The Room, Gabrielle change radicalement de ton. La désillusion laisse place à la colère, à une misanthropie assumée nourrie par la toxicité des relations humaines. La chanson déborde de sarcasme et de rage contenue, comme un trop-plein face à un monde bruyant, cruel et étouffant. Derrière cette agressivité se dessinent pourtant des blessures communes, partagées, qui expliquent autant qu’elles n’excusent cette perte totale de pitié.

 

On enchaîne avec l’excellent Sparkle, qui évoque la perte de cette étincelle intérieure donnant envie d’avancer, de désirer, de se sentir vivant. Gaby y décrit une sensation d’enfermement, celle de tourner en rond comme dans un bocal, déconnectée d’elle-même et de toute perspective. Pourtant, le morceau laisse aussi transparaître cette idée que l’on est prêt à tout pour retrouver cette étincelle, jusqu’à en venir à vénérer Satan. Une pointe d’humour noir bienvenue, qui m’a particulièrement plu.

Et que dire du clip qui accompagne ce morceau ! (oui, je veux absolument une cagoule à perles). On y voit le groupe en fuite après un braquage, une valise à la main, avant de célébrer leur échappée. Le montage, construit sur un passage répété en boucle, épouse parfaitement le propos de la chanson : cette impression de tourner en rond, de façon mécanique, sans parvenir à s’extraire de sa propre trajectoire. L’ensemble est à la fois original, cohérent et terriblement efficace. 

 

 

 

Avant dernier titre I’ve Got No Clue What This Is All About, Gabrielle exprime une profonde confusion et une attente vaine de réponses. Elle cherche quelque chose à quoi se raccrocher que ce soit une croyance, un sens, un signe, mais se heurte systématiquement au vide. Malgré ses yeux, ses oreilles et les bras grands ouverts, rien ne vient répondre à cet appel. Le morceau traduit cette frustration sourde, celle d’avoir suivi les règles et d’avoir espéré, pour finalement se retrouver face à un silence total. Musicalement, les guitares donnent au morceau une énergie très rock anglais, sèche et tendue, avec un final qui appuie encore cette sensation d’urgence.

 

On conclut l’EP avec Sweet Living, qui s’ouvre délicatement sur quelques notes de piano et la voix douce de Gaby, évoquant par moments l’atmosphère bondienne de No Time To Die de Billie Eilish (et j’adore !). Sous cette apparente douceur se dessine pourtant un constat bien plus amer : celui d’un engourdissement collectif, fait d’excès, de fatigue mentale et de solitude partagée. Derrière l’ironie du titre se cache une grande fragilité, celle d’une vie tenue à un fil, où l’on se sent vide sans jamais être totalement seul. C’est à la fois beau et puissant.

 

Avec This Won’t Cure Your Depression, Send Me Love Letters confirme tout son potentiel à travers un rock puissant et percutant, porté par des textes particulièrement travaillés abordant des thèmes sérieux et importants. Nul doute que, dans les années à venir, le groupe s’imposera comme l’un des incontournables de la scène rock française.

 

Suivez et retrouvez l'actualité de Send Me Love Letters sur leur : Site officiel, Facebook, InstagramYouTube et TikTok

 

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15 décembre 2025

Corpus Delicti signe une renaissance magistrale avec Liminal

 

 

Le 28 novembre dernier, Corpus Delicti dévoilait Liminal, son premier album depuis Obsessions, sorti il y a trente ans.

Commençons par être transparents : je ne fais pas partie de ces fans qui attendaient un retour à tout prix. J’ai découvert Corpus Delicti tardivement, sans le poids de la nostalgie, sans attentes particulières non plus.

Je l’avoue, j’ai toujours eu du mal avec le “forcing” musical, ce moment où l’on vous répète qu’il faut absolument aimer un groupe. J’ai besoin que la rencontre se fasse d’elle-même.  J’ai découvert Corpus Delicti il y a quelques années déjà, sans l’attente fiévreuse d’un retour, ni l’attachement nostalgique qui accompagne souvent ce genre d’annonce. C’est donc avec un regard relativement libre que j’ai abordé Liminal.

 

Une chose m’a frappé avec cet album : le groupe ne tombe jamais dans la nostalgie et ne propose aucun réchauffé qui céderait à la facilité. Non, Corpus Delicti est revenu avec du neuf, tout en conservant un style immédiatement reconnaissable, et ce dès le premier titre, Crash. Musicalement, le morceau envoie du lourd, porté par un trio batterie/basse/guitare d’une efficacité redoutable, incisif à souhait. Vocalement, Sébastien n’a définitivement rien perdu de sa verve, même si celle-ci se fait aujourd’hui plus posée. Je m’attendais à quelques envolées, à la manière de Staring ou Circle, notamment en fin de titre. Il n’en est rien… mais le plaisir est intact, et les frissons bien présents.

 

Je ne reviendrai pas en détail sur Room 36, puisque j’en avais déjà donné mon avis auparavant. Pourtant, le morceau continue de m’accompagner régulièrement, notamment lors de mes sessions de sport. Il dégage une force motivante à toute épreuve.

J’ai également beaucoup aimé It All Belongs to You, qui figure parmi mes titres préférés de Liminal. C’est un morceau que je trouve particulièrement touchant, porté par de subtiles touches mélancoliques.

 

This Sensation n’est pas en reste non plus. Il s’agit d’une excellente chanson, puissante, avec toujours cette osmose parfaite entre la guitare , vive et tranchante, la basse et la batterie. L’alchimie est évidente, jusqu’à cette fin tout en douceur, où l’effet d’écho tourbillonnant sur la voix de Sébastien donne au morceau une dimension presque magistrale.

 

Corpus Delicti (Christophe, Sébastien, Fabrice et Franck).

©️ Elliot Pietrapiana

 

On arrive ensuite, pour moi, au titre le plus délicat de l’album : Under His Eye. Il m’a fallu plusieurs écoutes avant de réellement l’apprécier. Pour être tout à fait sincère, lors de la première écoute, j’ai rapidement zappé le morceau pour enchaîner sur la piste suivante. Son ambiance gothic-jazz, introduisant piano et trombone, m’a d’abord dérouté. Mais j’ai choisi de lui laisser sa chance, et ce n’est qu’à partir de trois/quatre écoutes que j’ai fini par l’aimer, le trouver original, et pleinement cohérent avec l’univers de Liminal. 
 

Sixième chanson de l’album, Chaos est aussi le premier single dévoilé par le groupe en 2023, annonçant leur retour avec de l’inédit. Et bon sang… que j’aime ce titre ! Énergique, brut, dynamique, exactement comme je les aime. Le refrain  (et même l’ensemble du morceau) reste très facilement en tête. C’est aussi la chanson où la basse m’a fait le plus vibrer, au point de la trouver tout simplement phénoménale.

Pour moi, Chaos est une véritable masterclass, un incontournable de Corpus Delicti. Un titre taillé pour le live, où son énergie brute pourrait facilement déchaîner les foules.

 

S’ensuit Fate, un morceau qui m’a particulièrement parlé, tant le groupe y aborde le thème du temps qui passe et de l’usure intérieure  (un sujet qui a, je l’avoue, tendance à m’angoisser). Les paroles évoquent une fatigue lucide, celle des cœurs qui s’érodent et des esprits qui se figent, mais aussi ce besoin viscéral de s’extraire, de “slip away”, ne serait-ce qu’un instant, afin de retrouver de l’espace et de la clarté.

Mention spéciale également pour le très beau clip réalisé par Eliott et Sébastien. Il donne l’impression de regarder une VHS des années 90, truffée de clins d’œil au groupe, avec notamment le plaisir de revoir certains endroits de Nice, dont le regretté Hit Import. Bravo à eux deux pour ce clip, empreint de nostalgie, mais sans jamais tomber dans le pathos.

 

 

Petit interlude musical avec Endless Sighs, un moment de flottement évasif, presque spatial, particulièrement appréciable à ce stade de l’album.
Nous arrivons ensuite sur Out Of Steam, un ancien morceau écrit en 1995, qui n’existait jusqu’ici qu’en version démo (que je ne connaissais pas). Dans sa version studio, le titre est en tout cas excellent, porté par des sonorités martiales et guerrières. C’est sans doute le morceau qui dégage le plus de rage et de colère sur Liminal.

 

L’album s’achève sur le titre éponyme, Liminal. Un morceau sublime, qui m’a immédiatement évoqué The Cure, avec cette même froideur élégante, que ce soit au niveau de la batterie, de la guitare ou de la voix de Sébastien, le tout en parfaite communion. La chanson dégage une poésie délicate, constamment suspendue entre ombre et lumière.

Le final est tout simplement succulent sur le plan auditif, porté par une atmosphère shoegaze qui m’a littéralement collé des frissons. Je ressens ce titre comme un au revoir, et non comme un adieu — presque comme une promesse que Corpus Delicti reviendra, et plus vite qu’on ne l’imagine.

 

©️ Loreleï jade

 

Avec Liminal, Corpus Delicti signe un album magistral et réussit pleinement son retour. Quitte à comparer car je les ai cité précédemment, je le trouve même nettement plus convaincant que celui proposé plus tôt cette année par The Cure. Le groupe a gagné en maturité, et l’ensemble des morceaux affiche un niveau d’aboutissement remarquable : rien n’est à jeter parmi ces dix titres.

Il me tarde désormais de les retrouver sur scène  (probablement le 30 avril 2026 à Nantes) et j’espère que ce retour s’inscrira dans la durée, porté par l’envie de poursuivre l’aventure et de faire naître de nouvelles compositions. Liminal n’est pas un point final, mais un seuil franchi avec assurance.

 

Suivez et retrouvez l'actualité de Corpus Delicti sur leur : site officiel, Bandcamp, Instagram, YouTube

 

 

9 décembre 2025

Découverte musicale : VAAGUE, un voyage électronique qui surprend.

 

Découverte musicale du jour avec le très bon Antoine Pierre et son projet VAAGUE, grâce à Camille de La Mission. Avant de démarrer, une présentation s’impose :

 

Derrière VAAGUE se cache le batteur belge Antoine Pierre, musicien reconnu pour son approche résolument moderne de la batterie. Entre instrument acoustique, samples captés en direct et capteurs intégrés à son jeu, il a développé une manière unique d’envisager la performance : sans boucle, sans playback, tout en mouvement. Après avoir exploré le downtempo puis une esthétique plus club, VAAGUE revient avec SHORTCUT, un EP qui plonge dans le UK Garage, la Drum & Bass et le Post-Dubstep.

 

Ce qui m’a le plus séduit avec SHORTCUT, c’est ce travail de découpage, de transformation et de manipulation des échantillons de batterie d’Antoine, pour créer une matière électronique organique. Étant fan de Jean-Michel Jarre et de son excellent album Zoolook, j’y retrouve le même état d’esprit, ainsi que cette créativité dans le traitement des échantillons, des samples, et dans la manière de distordre les notes et les voix. Ici, les samples qu’utilise VAAGUE sont aussi de véritables pépites surprenantes : une trompe de chasse, des extraits de voix désinvoltes, des pianos préparés, des cloches… Il suffit de tendre l’oreille, et c’est un régal.

 

VAAGUE (c) Juliane Schütz

 

Les morceaux plus “évidents” de l’EP (Shortcut Jenny, Talk It Up ou Swirl) prolongent l’évolution du projet depuis ses débuts : des rythmes plus incisifs, des idées plus directes, mais toujours cet humour discret, ces petits décalages qui font la signature de VAAGUE. Mon titre préféré est Shortcut Jenny, que je trouve ultra incisif, percutant, mais également très dansant. J'aime beaucoup également le premier titre Modern Jazz très pêchu et qui annonce bien l'ambiance de ce qui nous attend.

 

Krill et Swirl sont deux interludes qui ouvrent des brèches dans l’EP : de petites fenêtres suspendues, presque fragiles, qui éclairent autrement l’univers de VAAGUE. Elles viennent de “Kintsugi”, une performance créée avec la chorégraphe Isabella Soupart et la danseuse Elsa Tagawa:  un spectacle qui évoque la cassure, la réparation, les lignes qui se recollent. Dans Shortcut, ces interludes jouent ce rôle à merveille : ce sont des respirations, des éclats de silence en mouvement.

Puis arrive Himalaya, sans doute le morceau le plus émouvant de l’EP. Les couches de chœurs se déposent comme de la neige fraîche, et le piano de Shai Maestro ouvre une profondeur inattendue. Son solo final glisse avec une douceur qui serre le cœur. C’est simple, beau, et ça surprend dans ce contexte plus rythmique.

 

Pour conclure, SHORTCUT n’est pas de ces EP qui renversent d’un coup, mais il possède une force plus discrète : celle de la curiosité, de la matière vivante, des idées qui se faufilent et reviennent. Antoine Pierre y explore, détourne, transforme, tout en gardant cette signature hybride qui lui est propre. Résultat : un EP qui ne cherche pas à briller à tout prix, mais qui s’installe doucement, avec intelligence et sensibilité. Et c’est exactement ce qui me plaît ici. Un immense merci à Camille de m’avoir offert l’opportunité de découvrir VAAGUE !

Vous pouvez suivre et soutenir VAAGUE sur le : Site officiel, Facebook, Instagram et Bandcamp

 

 

 

 

VAAGUE (c) Juliane Schütz

2 décembre 2025

Le Garçon de l’Automne dévoile Ode to the Lost et Above the Lake

 

Des nouvelles de mon cher "Le Garçon De L'automne" qui a dernièrement dévoilé le nom et l'artwork de son prochain album "Ode to the Lost", dont la sortie est prévue pour le 6 février prochain !

La pochette de Ode to the Lost est magnifique et plein de symboles. On y retrouve un dégradé de couleurs pastel qui passe de teintes froides, rappelant la fin de l’automne, à des tons plus chauds et verdoyants qui évoquent une renaissance. Tout semble raconter le passage d’une saison intérieure à une autre.

 

Les bois de cerf au centre forment une arche presque sacrée, autour de laquelle se mêlent fleurs, oiseaux, feuilles, mais aussi crânes et champignons. La vie, la mort et transformation cohabitent naturellement, comme un cycle complet résumé en une seule image.

 

La typographie poétique de Le Garçon De l’Automne renforce cette ambiance féérique et artisanale, tandis que le sobre Ode to the Lost donne l’impression d’une dédicace à ce qui a été perdu.

Une pochette emplie de douceur et riche en symbolique, en parfaite résonance avec l’univers du projet.

 

Quentin a également dévoilé un nouveau titre il y a un mois : Above the Lake. Il s’agit du second single de l’album, après L’Ankou, dont je vous avais déjà parlé ici.

 

Above the Lake raconte l’histoire d’un mystérieux air de violon entendu dans un village niché dans les collines. Envoûtés, les habitants quittèrent leurs foyers et s’enfoncèrent dans la forêt, attirés vers un violoniste… qui n’était autre que le Diable lui-même.
La terre s’ouvrit alors et engloutit les villageois ; et l’on dit que, depuis ce jour, un lac s’étend à cet endroit — un lac où l’on pourrait encore croiser, dit-on, le Roi des Enfers.

 

C’est une chanson magnifique, et le clip l’est tout autant. L’ambiance sombre, gothico-fantastique, est envoûtante : on assiste à un superbe duel musical entre Quentin à la hurdy-gurdy et le Diable avec son violon. Les mélodies sont accrocheuses, dynamiques, et l’esthétique visuelle est somptueuse.

J’ai particulièrement hâte d’être en février pour découvrir l’intégralité de l’album, qui s’annonce très prometteur !

 

Vous pouvez suivre et soutenir Le Garçon de l'automne sur Facebook, InstagramBandcamp et Patreon

 

1 décembre 2025

A Tergo Lupi – Howl, un chef-d’œuvre dark-folk

 

Il est des groupes ou des artistes qui, dès la première écoute, nous percutent et nous touchent au plus profond de l’âme. A Tergo Lupi appartient sans conteste à cette catégorie. Avec Howl, leur troisième album, ils livrent une œuvre aussi puissante que bouleversante.

 

Avec Howl, le duo italien ne propose pas un simple album, mais un véritable rite initiatique : un cheminement intérieur où chaque titre marque une étape, une petite mort, une fracture ou une renaissance. Fidèle à son esthétique Dark/Folk profondément organique, A Tergo Lupi tisse une œuvre qui oscille entre instinct animal, spiritualité païenne et vulnérabilité humaine. Durant ce voyage musical, Fabio & Camilla utilisent avec brio différents langages tel que l'anglais, l'italien mais également le suédois, l'islandais et le latin !

À l’écoute de l'album, on traverse tout un spectre d’émotions : la rage, le déracinement, l’effondrement, la reconstruction. Avancer, chuter, se relever, accepter, couper, renaître : le cycle complet d’une métamorphose.

 

Howl s’ouvre magistralement avec Furia (que j'avais déjà chroniqué), troisième single publié mais logiquement première chanson du disque, tant elle incarne l’explosion originelle de l’album. Les éléments s’y soulèvent, la nuit appelle l’ombre et l’ombre appelle la tempête. Entre incantations et visions apocalyptiques, le morceau ne cesse de monter en puissance, se déchaînant après le pont musical jusqu’au dernier souffle, porté par un chant d’une forte intensité par Fabio, soutenu par la présence lumineuse de Camilla. Furia dépeint une rage qui dévore tout, avant de laisser place à la paix ardemment réclamée.

 

 

On enchaîne avec Irae, le dernier single et clip révélés le jour de la sortie d'Howl et de nouveau, c'est un titre somptueux. Après la rage et la tempête, place à la colère lourde et froide. Le tempo est plutôt lent, lourd mais puissant, profondément marqué par le tambour chamanique de Fabio et la tagelharpa de Camilla. D'ailleurs, ce qui me touche le plus dans ce titre, ce sont les deux passages que Camilla chante "Dawning flames breathe on…" et "Old long yearned bliss falls…", sa voix éthérée apporte une touche presque mystique. Elle flotte au-dessus de la rage incarnée par Fabio, comme un voile hypnotisant qui transforme la colère en quelque chose de plus grand, presque rituel. Grâce à elle, Irae ne se contente pas d’exprimer la fureur : il la magnifie, il l’illumine autrement. Frissons garantis. 

 

Irae est magnifiquement accompagné d’un clip somptueux, dans la parfaite continuité de Furia. On y retrouve ces personnages feuillus intrigants de Furia, des chorégraphies splendides et, bien sûr, le charisme incroyable de Fabio et Camilla. L’une des choses que j’admire le plus chez A Tergo Lupi, c’est leur créativité artistique jusque dans leurs visuels : chaque clip est une œuvre à part entière, soignée, unique, d’une beauté folle. Chapeau à eux !

 

 

Notre voyage musical intérieur se poursuit avec Chimera, un morceau qui m’a particulièrement touché, non seulement à l’écoute, mais également en en traduisant les paroles. Cette chanson est une exploration douce et mystique de la mémoire, du désir, et de cette part de soi que l’on cache au monde… et parfois même à soi-même. À travers les tempêtes intérieures, les mirages et les renaissances, Chimera montre comment nos fantômes personnels peuvent devenir des forces de paix lorsqu’on accepte enfin de les libérer.

C’est une chanson de réconciliation, où l’on commence à entrevoir un soi plus vrai, plus apaisé, comme une lumière encore fragile mais déjà déterminée. Un titre profondément intime, qui m'a touché en plein cœur.

 

Place à Brostin Von, un titre en islandais signifiant “Espoir brisé”. C’est probablement l’un des morceaux les plus émouvants de l’album. Il évoque les mensonges que ce soit ceux des autres, mais aussi ceux que l’on se raconte à soi-même, un cœur desséché, des espoirs entièrement brisés et des racines qui brûlent. Et malgré cette sensation de fatigue, de lassitude, de se tenir au bord du précipice, persiste cette volonté de ne pas mourir : continuer à exister, même quand tout se désagrège en nous et autour de nous.

 

 

Avec Embrace, on entre dans le moment douceur et délicatesse d’Howl. Camilla y chante presque toute la première partie, les trois quarts avant le final porté par Fabio, et sa délicate voix donne à l’ensemble une lumière ténue, presque hésitante. Le morceau parle de chemins obscurcis par les ronces, de rêves difficiles à retrouver, de ces ombres qui nous suivent malgré nos efforts pour avancer. C’est un titre plein de retenue, qui fait du bien après le début assez intense de l’album. La tagelharpa de Camilla, omniprésente et très appuyée, apporte une mélancolie profonde, comme si le temps, soudain, se suspendait.

 

La piste suivante, Entwine, s'ouvre sur les percussions de Fabio sur son tambour chamanique, donnant un souffle vif, brut, instinctif. C’est un morceau qui parle d’élan, de courage, de ces jours où l’on ose et de ceux où l’on ploie sous le poids des choses. La nature est au cœur de la chanson : un cœur de bélier, le rythme d’un lièvre, les bois printaniers, autant d’images qui symbolisent un réveil intérieur, le début d’une renaissance. On recoud peu à peu les voiles déchirées (“needle fingers mend my sails”) et on se remet à viser plus haut, plus loin, même avec des ailes en lambeaux. Entwine rappelle simplement ceci : certains jours, on porte le monde sur nos épaules ; d’autres, on réussit à s’élancer loin, à quitter l’obscurité qui nous rongeait. Mais que dans tous les cas, on avance. 

 

Poursuivons notre voyage musical avec Undertow : on entre dans un moment plus sombre et introspectif. Le morceau porte bien son nom : c’est un courant qui tire vers le fond, une sensation de glissement silencieux sous la surface. On y ressent un poids, une tension sourde, comme si quelque chose nous attirait vers nos zones les plus enfouies. Undertow agit comme un passage important du voyage : un rappel que, dans tout processus de reconstruction, il existe ces instants où l’on retombe un peu, où l’on se laisse happer avant de remonter.

 

 

La huitième piste de l'album est In Veins, qui fut le premier single dévoilé par le groupe en septembre 2024 et dont j'avais déjà rédigé une chronique. Un an après, je ne m'en lasse toujours pas ! Je n'avais pas noté l'ambiance tribale qui s'y dégage, c'est très intense que ce soit musicalement et vocalement. Les paroles évoquent un torrent intérieur qui remonte soudain à la surface : une rivière qui “coule comme du sang”, qui “brûle la gorge”, qui te saisit et te tire vers les profondeurs. Nous sommes tiraillés entre désir et cauchemar, entre quête et perte de repères. Des murmures nocturnes, des langues mêlées, des références aux Hespérides ou aux pétales sombres esquissent un paysage mystique où tout semble à la fois sacré et menaçant, c'est brutalement hypnotique et j'adore ! 

 

Avec Heimweh, A Tergo Lupi signe son second titre le plus poignant d'Howl et également le second single dévoilé par le groupe. En allemand Heimweh signifie "mal du pays", mais ici c'est plus la perte de soi qui y est évoquée. Ce moment où tu erres sans but, tu te sens totalement vide intérieurement, à sec en traînant une blessure profonde qui te déstabilise en permanence mais que des graines en ton for intérieur continuent de lutter et se tiennent prêtes à germer. Malgré le fait de se retrouver dans un épais brouillard, quelque chose en nous refuse de s'éteindre. C’est ce qui rend ce titre aussi bouleversant : il parle d’un cœur à vif, oui, mais aussi d’une résistance silencieuse, presque têtue, qui continue d’espérer. Pour moi, Heimweh est une marche douloureuse mais lumineuse, une de celles qui nous ramènent doucement vers nous-mêmes. 


Et que dire de la somptueuse vidéo, qui traduit à la perfection la chanson et l'errance intérieure !  

 

Le clip joue avec deux présences distinctes, mais dans un même lieu, comme deux temporalités superposées. On voit d’abord une silhouette masquée, couronnée de branches, marcher péniblement le long d’une plage voilée de brume. Le jour est gris, presque blanc, et la figure avance en traînant derrière elle un long tissu qui s’alourdit à chaque pas. Tout chez elle respire la fatigue, le poids, la lutte. C’est la part de soi qui résiste, qui survit, qui avance même quand tout s’effondre.

Plus loin, des plans de terre sèche et craquelée apparaissent, filmés en gros plan. Une surface brisée, vidée de toute vie, où rien ne semble pouvoir pousser. C’est le reflet parfait de cet état intérieur où l’on se sent desséché, fragmenté, épuisé jusqu’au sol. Un paysage de cœur fissuré.

Puis, apparaît une seconde figure sur la plage: une silhouette féminine, drapée, filmée cette fois sous une nuit totale illuminée par une éclipse. Là où l’autre marche écrasé par le poids, celle-ci danse, les bras levés vers le ciel, comme dans un rituel nocturne. Elle incarne l’abandon, l’acceptation, la transformation. Les deux figures ne se croisent jamais, mais elles se répondent : elles sont deux visages d’un même voyage intérieur. La lutte et la délivrance. Le jour et la nuit. La sécheresse et la renaissance.

Le clip se termine sur un plan saisissant : un drapeau planté dans le sable, immobile, tourné vers une étendue blanche où la mer et le ciel semblent avoir disparu. Aucun horizon, aucune vague, juste un voile de brume qui efface tout repère. La silhouette n’est plus là. Ne reste que ce drapeau fragile, comme un vestige de ce qui a été traversé, un signe que quelque chose a été déposé là, offert au silence. Une conclusion épurée, presque sacrée, qui résonne en parfaite continuité avec les dernières notes de tagelharpa. A Tergo Lupi signe un véritable bijou artistique !

 

 

 

On termine l'exploration d'Howl avec le triptyque final In Limine, décliné en trois étapes : Fall (chute), Sever (arracher) et Leave (laisser).
La première partie est une ultime chute, portée par le chant très aiguë de Camilla, presque spectral, comme venu d’outre-tombe. Les percussions graves et la tagelharpa renforcent cette tension dramatique, jusqu’aux derniers battements du tambour chamanique de Fabio. On a vraiment l’impression d’avoir touché le fond, de façon définitive

Sever s’ouvre de façon lente, sombre, et le reste du long de cette deuxième étape. Camilla y chante en italien :

 

"Se flebile
Stringi niente
Sogno che attende
Mentre mi sradichi"

 

Au milieu de cette immense plainte, on se retrouve accroché au vide, suspendu à rien d’autre que l’attente d’un rêve : celui d’être enfin arraché à cette profonde tristesse, à ce déracinement douloureux. Cette fois-ci, c’est Fabio qui assure les chœurs, renforçant encore davantage l’émotion poignante du passage. C’est magnifiquement beau, poétique, et tragique à souhait. 

 

Leave s'ouvre avec le chant déchirant de Camilla, hormis Lisa Gerrard, rarement une chanteuse ne m'avait autant pris aux tripes, touché en plein coeur et de mon âme. D'ailleurs, je trouve que cette partie là sonne pas mal Dead Can Dance, ce qui n'est absolument pas pour me déplaire. Mais cette plainte bouleversante est vite remplacée par plus de chaleur et d’espoir, lorsque les voix de Fabio et Camilla se rejoignent en parfaite harmonie. À ce moment-là, on sent que la douleur, le vide et l’ombre sont enfin laissés derrière. Quelque chose se rouvre. On avance vers la lumière, vers le mieux, vers un chemin nouveau, où l’on se retrouve, pleinement, et sur lequel la confiance renaît.

 

Pour conclure cette chronique (longue, certes, mais nécessaire), A Tergo Lupi nous offre un véritable chef-d’œuvre musical, visuel et artistique. On dit souvent que le troisième album est celui de la maturité ou de la confirmation : ici, Howl fait bien plus que confirmer : il renforce la place du duo parmi les groupes incontournables de la scène dark-folk. Et je dois le dire : Howl m’a parlé comme peu d’albums le font. Il m’a touché encore plus que Hide, que j’aimais déjà énormément. Mais là, on passe clairement à un autre niveau.

L’album frôle la perfection : aucun titre n’est à jeter, chacun possède sa propre singularité, sa force, sa beauté brute. Si je devais chipoter (parce que je suis peut-être trop matrixé aux œuvres découpées de Jean-Michel Jarre ou Mike Oldfield) j’aurais aimé que le triptyque final forme un seul et unique morceau découpé en trois parties distinctives, sans pause. Mais c’est vraiment pour pinailler.

Bravo Fabio & Camilla pour ce travail remarquable, d’une qualité absolument exceptionnelle.

 

Retrouvez et suivez l'actu d'A Tergo Lupi sur leur : Site officiel Facebook, Instagram, Bandcamp et le Shop

 

 

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19 novembre 2025

Lyric Noel met les tripes sur la table avec “Blood in the Water”

 

Nouvelle bombe musicale avec Lyric Noel et leur excellent nouveau single "Blood In the Water" ! J'avais découvert le groupe il y a 3 ans avec leur magistrale reprise "Carol of the Bells", une version metal ultra dynamisée, bien lourde que ce soit musicalement et vocalement ! Après, je n'avais pas trop cherché à développer l'exploration de leur univers, je m'étais éloigné du metal (hormis DIANNE et les quelques classiques incontournables pour moi CoF, SOAD....) à ce moment là en étant plus dans la vibe dark-folk et cie... J’avais donc mis leur nom de côté… jusqu’à ce que je tombe par hasard sur un extrait de Blood In the Water en scrollant mon feed Insta. Et là… claque monumentale.

Avant d’aller plus loin, petite présentation rapide :

 

 

 

Originaire de la région de Dallas‑Fort Worth (Texas), Lyric Noel a débuté seule avant que son projet ne prenne l’ampleur et ne devienne le groupe éponyme qu’on connaît aujourd’hui. À sa tête : Lyric Hollar (chant / autrice-compositrice) et Russell Hollar (guitare / production / compositeur) qui sont rejoints plus tard par Robert Gray (guitare / compos),et Jerrin Castillo (batterie / backup vocals)

 

Revenons donc à nos moutons à "Blood In the Water" qui nous plonge littéralement dans une ambiance suffocante et puissante. De tous les titres de Lyric Noel, c’est, à mon sens, leur titre le plus fort et celui qui me procure le plus de frissons, que ce soit musicalement, mais surtout vocalement sur lequel Lyric chante avec toutes ses tripes à la limite de la brisure. Plus d'une fois j'en ai eu à l'écoute de certains passages chantés surtout sur le dernier couplet "Blood for... / Blood in the water / Blood on their hands / blood in the water / blood on their hands". Nous sommes face à un texte riche de multiples symboles et métaphores puissantes, entre murs de verre qui renferment des secrets tus, courants qui entraînent vers les profondeurs, et cris enfermés dans le silence. L’ensemble évoque un traumatisme profond, enfoui, mais qui cherche à s’exprimer, à se libérer — quitte à éclabousser de rouge ce qui l'entoure.


La mer devient ici une métaphore du chaos intérieur, de cette noyade émotionnelle que l’on ne peut arrêter. Le refrain obsédant, martelé comme un mantra, agit presque comme un exutoire, un cri de révolte face à ce qui a été infligé. À travers ce texte, Lyric Noel semble évoquer une expérience profondément traumatique, quelque chose qu’elle a vécu, subi, qu’elle transforme en une vague de colère, de douleur, mais aussi de puissance retrouvée. Les images du verre brisé, des secrets enfouis, du corps fragmenté et du sang dans l’eau dessinent une descente vertigineuse, à la fois physique et mentale. Mais loin d’être une simple complainte, 'Blood in the Water' devient une libération, un cri viscéral, une reprise de pouvoir.

 

Le visuel qui accompagne Blood in the Water prolonge cette sensation d’étouffement et de tension émotionnelle. On y voit Lyric évoluer entre plusieurs états : tantôt debout avec le groupe, tantôt allongée (ou en rampant) dans l’eau, les yeux rouges, tenant un bouquet, qui est image puissante évoquant à la fois la mort symbolique et une forme de renaissance. Juste avant le passage final “Blood for…”, elle ouvre les yeux et reprend son souffle, comme si elle revenait à la vie après une noyade émotionnelle.

 

En parallèle, une autre version d’elle-même apparaît, portant un bijou en forme de mains sur les yeux autre symbole fort qui pourrait incarner la censure, l’aveuglement imposé, ou l’oppression vécue. Ce double visuel intensifie le message du morceau : celui d’une mémoire oppressante, d’un traumatisme enfoui, mais aussi d’une volonté de reconquête identitaire. Le clip ne montre pas, il suggère, mais avec une force esthétique redoutable.

 

C'est la première fois que je fais une analyse aussi poussée d'un morceau ainsi que d'un clip, mais cela me semblait très important de le faire. La chanson et le clip m'ont vraiment touché  et j'avais envie de mettre tout ce que je ressentais à lecture de celui-ci. 

 

Je vous laisse avec le clip et pour suivre et soutenir Lyric Noel, c'est par ici : site officiel, Facebook, Instagram, Patreon, Twitch et TikTok . Enjoy !!

 

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