Salut, moi c’est Steeve !
41 ans, passionné de musique, et jamais rassasié de découvertes sonores.
Ce blog, c’est mon espace pour partager mes coups de cœur et donner un coup de projecteur à des artistes qui méritent d’être écoutés fort.
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S’il y a bien un groupe que je n’aurais jamais imaginé chroniquer sur mon blog, c’est Krystal System ! Je les avais découverts à la grande époque de feu Myspace, en 2009, avec l’excellent "Demain n’existe pas" — un vrai coup de foudre musical, tout comme pour leur premier album Underground. S’en sont suivis les non moins excellents "Nuclear" et "Rage", puis… silence radio total depuis 2015. Alors, imaginez ma joie en mars dernier lorsque j’ai vu passer de nouvelles photos du groupe, annonçant officiellement leur retour !
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore Krystal System, il s’agit d’un duo électro-indus-rock français formé en 2006 à Paris, composé de Bonnie (chant, guitare) et Seven (synthé, guitare, chant), rejoints récemment par Phi à la basse. Voilà pour les présentations, passons à leur nouveau single "Éclats rouges", composé de trois titres.
La première piste, "Éclats rouges", est un morceau brut, nerveux, qui démarre par des riffs de guitare acérés, suivis d’une grosse percée percussive et d’une ligne de basse bien grasse. Dès les premières secondes, le ton est donné. Vocalement, Bonnie est toujours aussi percutante — sa voix n’a pas changé d’un iota : tranchante, intense, viscérale. Et cette fois, elle chante en français, avec une puissance qui claque. Chaque parole tombe comme un coup sec, imprégné de rage et de tension. On ressent la colère, la pression d’un monde “gone mad”. Comme le résume Bandcamp : un vrai “sonic fight club anthem” — un morceau qui saigne par les mots, qui gronde dans les tripes. Un retour comme on les aime, sans concession.
"Skippy Bop", le second titre, oscille entre français et anglais. Il est tout aussi percutant qu’"Éclats rouges", avec une ligne de basse bien lourde, des synthés sales et une guitare agressive comme je l’adore. Krystal System y adresse une critique acide des normes sociétales, avec un ton résolument sarcastique. Le rire de Seven, audible presque tout au long du morceau, renforce cette ambiance ironique et grinçante — à mi-chemin entre provocation et jubilation sonore.
Le single s’achève sur une surprise et non des moindres : "Newclear Winter", une version live retravaillée du morceau "Nuclear Winter". Et quelle claque ! Cette version est bien plus dynamique, percutante, et surtout habitée par une rage plus viscérale que l’originale. Tout sonne plus brut, plus tendu. Seven y prend davantage de place, avec une voix plus désabusée, presque froide, qui vient contrebalancer l’intensité féroce de Bonnie. Ce contraste fonctionne à merveille, renforçant l’impact de cette relecture plus directe et mordante. "Newclear Winter" n’est pas juste une variante live : c’est une version revue et transcendée, qui clôt le single sur une énergie sombre et électrique.
En conclusion, Krystal System signe un retour fracassant et plus que réussi. Après dix ans de silence, le groupe n’a rien perdu de sa hargne ni de son identité sonore. Bien au contraire : avec "Éclats rouges", ils reviennent plus affûtés, plus incisifs, et toujours aussi fidèles à ce mélange unique d’électro, d’indus et de rock. Ce single, court mais intense, ne se contente pas de raviver la flamme : il l’attise avec une force nouvelle. Les trois titres forment un tout cohérent, dense, percutant, qui prouve que le duo (désormais trio) n’a pas dit son dernier mot et j'ai hâte de découvrir la suite (Ep, album etc...)
Le 12 juin dernier, Rastaban sortait un nouvel EP intitulé Ouroboros.
Pour ceux qui, comme moi, aiment creuser la signification des titres, sachez que l’ouroboros est un symbole ancien et fascinant, présent dans de nombreuses cultures. Représenté par un serpent ou un dragon qui se mord la queue, il symbolise le cycle éternel : vie, mort, renaissance. (Source : Univers Celtique)
Un choix de nom qui prend tout son sens dans le parcours du groupe. Après une belle trajectoire amorcée en 2012, Rastaban est entré en sommeil de 2020 à 2023, à la suite du départ de deux de ses membres fondateurs, Mich et Dominic.
Cette période de silence a ouvert la voie à un renouveau : Mathieu Lacrosse (guitare électrique) et Mathieu Lesage (percussions) rejoignent le groupe en 2023, apportant une nouvelle énergie. En 2024, Rastaban remonte sur scène, plus vivant que jamais, et dévoile donc cette année Ouroboros, un EP qui scelle cette renaissance. Ce n’est pas un simple retour : c’est un nouveau cycle créatif qui s’ouvre.
Ouroboros est un Ep qui contient 4 anciens titres de Rastaban totalement réinterprétés et réarrangés et 2 inédits avec "Ritual Spirit" (reprise de Massive Attack) et Jig of Life (reprise de Kate Bush).
L’EP s’ouvre sur "L’Aube des Dieux (2025 version)", et dès les premières secondes — un craquement d’orage — l’ambiance est posée. Le violon entre doucement, soutenu par le didgeridoo, et ce qui me saute immédiatement aux oreilles, c’est l’énorme gain en qualité sonore par rapport à la version de l’album Arise.
C’est plus propre, plus profond, avec un violon que je trouve plus fluide et expressif. Les percussions sont plus marquées, puissantes, et donnent un rythme tribal très prenant.
L’ajout de la guitare électrique apporte une nouvelle intensité, plus percutante, plus épique, qui donne une autre dimension au morceau. Ce remix/relecture sonne comme une montée en puissance, tout en respectant l’âme de la version d’origine. Et que dire de la voix de Marine ? Je la trouve plus profonde, envoûtante, et surtout plus déterminée que jamais. Elle semble totalement habitée par le morceau, avec un chant qui vient des tripes et qui renforce toute la tension dramatique du titre.
Nous enchaînons avec "Zora (2025 version)", dont le nom signifie Aube. C’est un morceau rythmé et solaire, aux accents résolument festifs. Les percussions sont omniprésentes, mises en avant avec beaucoup d’équilibre, soutenues par la guitare et le violon dans un ensemble très fluide. La voix de Marine, plus aérienne et lumineuse que sur le titre précédent, se fondant parfaitement dans cette atmosphère de célébration. La réinterprétation de ce morceau est vraiment réussie, à la fois fidèle à l’original et portée par une nouvelle énergie.
La troisième chanson est une reprise de Massive Attack "Ritual Spirit", publiée en février dernier (et évoquéeici), et dont je ne me lasse toujours pas. Je trouve que ce morceau offre un moment de douceur et de sérénité qui fait du bien à mi-parcours de l’EP. La seule chose que je rajouterais à ce que j'avais écris dans mon article, c'est que Rastaban ne cherche pas à copier Massive Attack, mais à réinventer la chanson dans son propre univers entre sensualité contenue et intensité latente. Le résultat est audacieux, et franchement réussi. La quatrième piste est "Arise (2025 version)" qui est définitivement mon titre préféré du groupe. Il débute de la meilleure des manières (du moins pour moi) : avec la guitare de Mathieu: c’est tranchant, direct, et ça donne une toute autre puissance au morceau. Chaque élément semble plus affûté : les percussions claquent, les voix sont pleines de relief, et le tout dégage une intensité que je trouve totalement grisante.
Nous poursuivons notre voyage musical avec la magnifique chanson "Rusalka (2025 version)". Pour la petite explication du titre,la Rusalka est une sorte de sirène ou d'ondine de la mythologie slave. Créature de l'eau, dont elle jaillit dans une nudité séductrice ou virginale, elle apparaît aux hommes pour les attirer dans les profondeurs. (source radiofrance.fr) Le morceau s’ouvre de manière poétique, avec le bruissement de l’eau qui s’écoule, bientôt rejoint par quelques notes de guitare légères et cristallines, qui évoquent pour moi les gouttes d’une pluie d’été, délicate et apaisante.
Puis le violon d’Arno entre doucement, tissant une mélodie fluide, presque hypnotique, avant que les percussions ne viennent structurer l’ensemble. La voix de Marine, à la fois éthérée et captivante, s’élève au-dessus de tout ça, comme un chant venu des profondeurs, entre séduction et mystère. Le morceau monte en puissance de façon progressive tout du long, pour s'achever un apothéose avec un déchaînement musical de part les excellents riffs de Mathieu, les percussions dynamiques et dansante, le bourdonnement du didgeridoo. Marine y chante alors de façon presque chamanique, comme prise dans une transe, entre incantation et invocation. Ce climax donne l’impression d’assister à un rite ancien, entre fascination et puissance brute. "Rusalka (2025 version)" n’est pas seulement beau : c’est un morceau ensorcelant, magnétique, qui vous entraîne dans ses courants pour ne plus vous lâcher.
"Ouroboros" s'achève sur le reprise de Kate Bush "Jig of life", un titre qui m'était complètement inconnu avant la découverte de la reprise de Rastaban. Cette chanson déborde d'énergie percutante avec un tempo très enjoué, une ligne de guitare bien lourde et tranchante, des percussions bondissantes, un violon qui entraîne irrésistiblement le corps à suivre le rythme. D'ailleurs à chaque écoute de ce titre je dansais sur ma chaise, alors que j'étais en train de rédiger cette chronique. Vocalement, Marine n'a rien à envier à la talentueuse Kate Bush: je la trouve terriblement efficace avec une belle puissance et apporte une force nouvelle à ce morceau. "Jig of life" offre un final épique, vivant comme un dernier souffle de danse avant que le cercle ne se referme.
Avec Ouroboros, Rastaban signe un retour fort, sincère et profondément incarné. En six titres, le groupe montre non seulement qu’il est toujours là, mais aussi qu’il a évolué, qu’il s’est réinventé sans renier son essence. Les anciennes compositions gagnent en ampleur et en puissance grâce à cette nouvelle formation, tandis que les reprises apportent un souffle inattendu, entre hommage et appropriation. Mention spéciale à "Arise", "Rusalka" et "Jig of Life", qui montrent trois facettes bien différentes mais tout aussi brillantes du groupe : la puissance galvanisante, le mysticisme envoûtant, et l’énergie festive. Cet Ep a beau être court (en même temps c'est le principe même d'un tel format 😅), il est riche et bien construit, sans temps faible. J'ai fortement apprécié que le groupe révèle au compte goutte chacun des titres de l'Ep, en vidéo live enregistré à Atelier Rock (Huy). J'ai ressenti la forte complicité qu'avait tous les membres entre eux, de part leurs regards ou leurs échanges les uns avec les autres malgré la configuration en cercle. Et bravo également pour le taff sonore, car la qualité est vraiment incroyablement top !
Cela donne clairement envie d’entendre la suite et de les retrouver sur scène. Je ne sais pas ce que Rastaban nous réserve pour la suite, mais si c’est du même acabit, je signe les yeux fermés.
Nouvelle découverte pour ma part avec Dayazell – littéralement « celui qui repousse le mal » – et leur troisième album, intitulé Hypnos. Dayazell est un quatuor français toulousain formé en 2009 et qui se compose de :
Dayazell propose un voyage musical inattendu, librement inspiré des répertoires anciens du
monde. Qu’elles soient sacrées, animistes ou profanes, les œuvres revisitées par le quatuor
sont toutes vibrantes, oniriques et puissantes. "Dayazell est ainsi, aussi céleste qu’étrangement ancré au sol, convoquant des racines profondes tout autant que sa propre voie lactée. Dayazell est un monde, en perpétuel mouvement, qui ne connaît pas de frontières." (Le Spot)
Leur répertoire nous transporte de la Scandinavie à la Mongolie, en passant par la Grèce, l’Egypte ou l’Arménie. Si les sources d’inspiration sont multiples, l’univers musical n’en reste pas moins équilibré et harmonieux.
"Hypnos", du nom du dieu grec du sommeil, porte admirablement bien son titre. Composé de huit pistes, l’album déploie une atmosphère de calme absolu, entre apaisement profond et voyage intérieur. J’ai eu besoin de plusieurs écoutes pour réellement m’immerger dans cet album. Au moment de la découverte, entre examens et déménagement, j’avais besoin de musiques plus dynamiques — et "Hypnos" est justement à l’opposé car c'est un disque qui demande du temps, du silence, de la disponibilité. Et qui, une fois apprivoisé, se révèle riche, subtil et enveloppant.
Cet album mélange habilement différentes influences en premier lieu arméniennes avec le très bon premier titre "Hov Arek Sarer Jan" : le groupe revisite un chant recueilli au XIXe siècle par le prêtre et ethnomusicologue Komitas, figure majeure du patrimoine arménien. Ce morceau, véritable prière aux éléments, emporte la peine et invoque la beauté dans la douleur.
On retrouve aussi des influences turques avec "Nikriz Peşrev" un sublime titre instrumental qui fait la part bel à la flûte ainsi qu'au chalumeau. Le second titre turque (et troisième de l'album) "Bahçalarda Kestane", qui est un chant traditionnel de Crimée signifiant "Les châtaignes du jardin", un joli titre aux saveurs orientales tout en douceur. "Hypnos" contient également des influences grecques avec "Ipne Pou Pernis Tapedia" qui est pour moi un des plus beaux titres de l’album. La voix d’Isao y est très délicate, apaisante avec le sentiment d'être enveloppé dans une bulle de bien-être et les chœurs masculins ajoutent une touche de douceur et d’harmonie qui fonctionne à merveille. Il y a "Morenika", une chanson issue du répertoire séfarade, que je trouve vraiment magnifique.
L'album fait aussi la part belle à des pièces religieuses avec une sublume version de "Kyrie XI (Orbis Factor)" que j'avais découvert la première fois dans le film "Au Nom de la Rose", le très beau "O Rubor Sanguinis" (adapté d’un chant d’Hildegarde von Bingen), et "Stella Splendens" un chant extrêmement connu et repris par différents artistes, dont j'avais adoré celle de Qntal, mais je trouve que celle de Dayazell est tout aussi réussie, avec une approche différente, plus sobre.
Pour conclure, "Hypnos" est un album qui m’a demandé un peu de temps pour l’apprécier pleinement, mais qui en valait vraiment la peine. C’est un disque qui invite à un voyage calme et profond, qu’on savoure pleinement avec du recul — et surtout dans un environnement paisible. "Hypnos" est très riche musicalement, varié, avec de nombreuses et belles influences parfaitement intégrées tout au long des huit pistes. C’est un magnifique album multiculturel, comme je les aime, et qui offre un vrai dépaysement.
Vous pouvez suivre et soutenir Dayazell sur leur sites officiels :Facebook, Instagram, Bandcamp (l'album est disponible en format CD pour 15€ avec une version numérique mais également en format vinyle pour 30€) et YouTube
En avril dernier, Cesair dévoilait un nouvel Ep surprise intitulé Haven : Reflections, un EP entièrement composé de remixes de morceaux issus de leur album Haven.
Au programme, cinq titres revisités par des artistes issus de différents horizons :
– Storm par Overdose (avec Guido Bergman)
– Luscinia par Emian
– Ani Ana par Plantec
– Huldana par Arno Polet (feat. Marine Libert)
– Mélusine par Last Gunship
Je l’avoue sans détour : l’idée d’un EP de remixes ne m’emballait pas du tout. Je suis rarement convaincu par les réinterprétations électroniques de morceaux que j’aime profondément. Les seuls remixes que j’ai vraiment appréciés dans ma vie viennent d’Oli de Sat pour Indochine, de Frédéric Sanchez (JDALL est une tuerie), ou encore de Odyssey Through O₂ de Jarre — et encore, tout n’y était pas parfait.
Alors, quand j’ai appris que Storm allait être remixé, j’ai ressenti une vague d’anxiété. Ce titre est pour moi l’un des plus beaux de Cesair, et le traitement industriel apporté par Overdose n’a pas su me convaincre. L’émotion y est étouffée, la tension électrique dénature le souffle originel. Même après plusieurs écoutes, je n’y parviens pas.
Mais heureusement, le reste de l’EP m’a agréablement surpris. Un à un, les remixes ont su me faire changer d’avis. Certains subliment même les originaux. Comme quoi, quand la réinterprétation est faite avec respect, inspiration et justesse, le résultat est réussit.
Le second remix a été réalisé par les soins d’Emian, avec le titre Luscinia. Ce duo folktronica italien, que je ne connaissais jusqu’ici que de nom, m’a littéralement conquis. Ils ont su préserver l’esprit du morceau original, que ce soit à travers la délicate intro ou les voix de Monique et Daan, absolument pas altérées. Celles-ci restent claires, pures, portées par des nappes électro discrètes et parfaitement dosées.
C’est exactement le type de remix que j’apprécie : Emian ne cherche pas à transformer Luscinia, mais à le faire résonner différemment.
S’ensuit l’excellent Ani Ana, remixé par Plantec, et celui-ci m’a fait chavirer le cœur.
Ayant été sensibilisé à la culture celtique très jeune par ma grand-mère, et après avoir assisté plusieurs fois au Festival Interceltique de Lorient grâce et avec elle, ce remix ne pouvait que résonner profondément en moi.
L’intro à la bombarde, avec ses petites touches électroniques en arrière-plan, est juste parfaite : un dialogue entre tradition et modernité, porté par un souffle vibrant. Le morceau évolue ensuite vers une montée progressive, où les beats électro se mêlent aux instruments traditionnels dans une fusion organique et festive.
Plantec réussit à garder intacte la dimension rituelle du morceau tout en lui insufflant une énergie dansante, presque tribale. Ce remix dégage une joie sauvage, instinctive et envoûtante, qui donne envie de battre du pied, de fermer les yeux et de se laisser emporter.
L’EP se poursuit avec le très surprenant remix d'Huldana par Arno (feat. Marine Libert), et celui-ci décoiffe totalement ! Le morceau s’ouvre sur des chuchotements mystérieux de Marine, avant que la voix de Monique ne se boucle en un “Huldana, Huldana” hypnotique, créant un effet d’envoûtement immédiat.
Puis, on plonge dans une version électro percutante et acérée, qui m’a immédiatement rappelé Crystal Castles. C’est sans conteste le remix le plus percutant de l’EP. Vocalement, j’ai été ravi de découvrir Marine dans un registre très différent de celui qu’elle utilise avec Rastaban. Sa voix, tendue, vibrante, presque possédée, m'évoque un cri humain dans un monde digitalisé. Une tension vocale électrique qui électrise tout le morceau.
Et que dire du final ? Totalement débridé, explosif, presque hardcore ! Je ne m’attendais pas à une telle brutalité — mais ça fonctionne incroyablement bien. Arno nous livre un remix à mille lieues de l’original, mais pleinement réinventé. Le résultat est franchement bluffant.
Haven : Reflections s’achève avec le remix le plus original de l’EP : Mélusine, réinterprété par Last Gunship.
Ici, changement total d’univers : on plonge dans un monde aux sonorités 8-bit, qui évoquera sans doute, pour beaucoup, les jeux vidéo sur Gameboy. Mais pour ma part, c’est immédiatement mon bon vieil Amstrad CPC-464 qui m’est revenu en tête !
Aucune partie vocale du morceau original n’est conservée, et pourtant le rendu est vraiment excellent. On est loin du ton mystique habituel de Cesair, mais cela ne nuit en rien à la cohérence de l’ensemble. Au contraire, ce choix audacieux fonctionne totalement, et offre une clôture rétro et décalée à un EP résolument varié.
Pour conclure, Haven : Reflections est une excellente surprise en ce qui me concerne. L’EP a su balayer mon scepticisme vis-à-vis des titres remixés — malgré un premier extrait qui ne m’avait pas du tout convaincu.
Je suis vraiment heureux d’avoir poussé ma curiosité jusqu’au bout, car j’ai sincèrement aimé ce projet.
Chaque remix offre une lecture nouvelle et singulière, sans jamais trahir l’essence de Cesair. Mieux encore : l’EP tisse un lien étonnamment cohérent entre le mystique, le tribal, l’électronique et le rétro. Mention spéciale également au visuel de la pochette et du CD, que je trouve absolument somptueux. À la fois épuré et symbolique, il prolonge parfaitement l’atmosphère de l’EP : entre mystère, élégance et réinvention.
Haven : Reflections n’est pas un simple Ep de remixes : c’est une véritable relecture artistique, menée avec audace et respect.
Un EP à écouter sans œillères, avec curiosité… et qui pourrait bien vous surprendre autant qu’il m’a surpris.
Le 9 mai dernier, tAngerinecAt publiait son nouvel album GRIEF, trois ans après l’excellent GLASS. Et je dois bien vous avouer que chroniquer cet album me donne quelque peu du fil à retordre.
Non pas parce que j’aurais moins accroché à celui-ci que le précédent (spoiler alert : ce n’est pas le cas), mais parce que GRIEF est diamétralement à l’opposé de GLASS — plus complexe, plus intime, plus radical. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, pour celles et ceux qui découvrent ce duo musical fascinant, laissez-moi vous présenter tAngerinecAt :
Fondé en 2008 sous le nom de Dark Patrick, tAngerinecAt prend sa forme actuelle en 2014. Le duo se compose de Zhenia Purpurovsky, multi-instrumentiste, chanteur, producteur, chef d’orchestre, poète, auteur-compositeur-interprète et acteur de formation classique, en partenariat avec Paul Chilton, concepteur sonore visionnaire et multi-instrumentiste. Originaire d’Ukraine, désormais installé au nord du Pays de Galles, tAngerinecAt incarne une riche tapisserie d’influences musicales qui entrelacent l’Est et l’Ouest. Zhenia y canalise ses profondes expériences de guerre, d’exil, de marginalité et de résilience dans un projet profondément personnel et politique.
Purpurovsky, artiste non-binaire d’origine ukrainienne et d’héritage ethnique diversifié, tisse un univers d’images puissantes où la beauté naturelle du Pays de Galles devient à la fois sanctuaire, mémoire et identité — en écho à une histoire marquée par la pauvreté extrême, l’itinérance, le handicap, les traumatismes, l’isolement, l’activisme, la neurodivergence et la diversité sexuelle.
L'album démarre avec "Grief" avec sa sublime intro a capella et l'envoûtant passage vocal de Paul dont je savoure toujours autant chaque écoute. Je ne reviens pas davantage dessus, vous pouvez retrouver ma chronique ici tout comme le second titre "March of Mourn" qui est un véritable appel à la résistance collective contre la guerre - un rêve puissant qu'il est urgent de transformer en mouvement, vous pouvez retrouver ma chronique ici. La troisième piste, "Freedom", évoque la liberté émotionnelle, culturelle, existentielle. Le morceau défend l’idée qu’il est bien plus important d’aimer le monde tout entier que de se replier sur un nationalisme étriqué. Musicalement, le titre est lent, lourd, avec des sonorités industrielles et une tension continue.
S’ouvrant comme un battement de cœur devenu mantra, "The Irish Sea " marque une bascule sensorielle dans l’album. Le texte est magnifique, métaphorique qui décrit une communion intime avec la nature symbolisant la délivrance et la liberté, le tout sur fond de roulement de tambour qui rappellent le remous des vagues qui s'écrasent contre le littoral. Musicalement, le titre m'évoque l'excellent titre de Faith and The Muse "Cernunnos" : la même puissance percussive, la même diction déterminée, presque incantatoire.
S'ensuit "Fire", qui est avec "Subaltern" un des titres les plus bruts de l'album mais des plus touchants et poignants de par son texte fort. La voix de Zhenia est pleine de rage mais canalisée qui semble être née dans la souffrance la plus intime "I'm sick, I'm unfixable forever" : Zhenia, qui vit avec des maladies chroniques, y répond à ces éternels “ça va passer” d’une manière directe, bouleversante. Une certaine vulnérabilité se dégage de ce passage à la limite du désespoir. Puis le titre glisse vers une revendication de la marginalité “I’m ugly. It’s a part of my demeanour. It’s the root of my charisma.” La "laideur" qui est source de rejet est ici parfaitement assumée avec fierté et sublimée ! Zhenia rejette les normes esthétiques dominantes et célèbre une beauté dissidente, où l’“ugly” devient charisme, magnétisme, incarnation. Un manifeste queer et frontal, porté non pas par la colère, mais par une affirmation tranquille et inattaquable. Et puis, vers la fin de Fire, tout bascule dans une incantation finale : “I’m old. And my roots are in the ocean. Not a country or a nation.”
Zhenia y affirme un enracinement fluide, étranger aux frontières. Être, simplement — sans État, sans drapeau. Puis vient la rage : une rage qui n’a pas vieilli, une colère ancrée dans la mémoire. “I’m on fire in my depression” : ce passage dit tout. La souffrance n’étouffe pas la lutte, elle la nourrit. C’est une rage lucide, vécue, organique. Fire, est un chant de feu lent, sombre et incandescent. Un chant de résistance dans le noir.
Mais le feu ne s’éteint pas : il change de forme avec "Subaltern", sixième piste de l’album. Le rythme se durcit, les sons claquent, et les mots deviennent des armes. C’est sans doute le morceau le plus frontal, le plus revendicatif de "GRIEF". La voix de Zhenia prononce chaque phrase comme un uppercut verbal, lancé à celles et ceux qui refusent la différence.
“Who are you to tell me who I am?
Who do you think you are to define me?”
Ces questions ne demandent pas de réponse. Elles accusent, dénoncent, renversent. Puis vient ce couplet coup de grâce :
“Where is my relative? Where is my friend?
Why does my neighbour turn their head?
To this country I came by luck.
Fair-play you say? What the fuck!”
On est ici dans une langue brute, sans fard, mais profondément politique. C’est une colère lucide, une réponse à l’effacement, à l’exil, à l’hypocrisie. Zhenia ne demande pas la place qu’on leur refuse : il la prend.
Après cette rage frontale et d'intensité, nous poursuivons notre voyage musical avec la magnifique chanson "Gwyn ap Nudd", qui est le second titre chanté intégralement en ukrainien. Avant de débuter la description de ce morceau, il est impératif que je donne quelques explications à propos de la signification de Gwyn ap Nudd, est dans la mythologie celtique galloise, un des souverains ou des messagers de l’Annwvyn, l’Autre Monde des Celtes. Il est souvent décrit comme protecteur des âmes perdues accompagné d'une meute de chien fantastique et il participe à la chasse mythique d’Arthur contre le sanglier Twrch Trwyth.
Zhenia et Paul
Zhenia ne convoque pas Gwyn ap Nudd au hasard : avec son bagage en folkloristique, il se réapproprie cette figure du psychopompe gallois comme médiateur entre le conscient et l’inconscient, entre le monde visible et les forces enfouies. Le chant devient alors rituel de transformation personnelle. Purpurovsky s’identifie à Gwyn autant qu’il endosse le rôle de Cyhyraeth, équivalent galloise de la Banshee, pour mieux canaliser l’anxiété et le chaos du monde dans un dialogue avec la mer, la mort, et le mythe.
Comme il l’explique, GRIEF est traversé par une atmosphère qui rappelle les liturgies orthodoxes de son enfance. Bien qu’athée aujourd’hui, Purpurovsky honore ses souvenirs, et les retranscrit dans une cérémonie radicale de deuil collectif, profondément ancrée dans l'antifascisme, l'anti-guerre et l'écologie. Ce n’est pas un retour au sacré, mais une réinvention du sacré par l’art, la mémoire, et la résistance. Musicalement, une fois de plus, c’est sublime, et Zhenia et Paul font des merveilles en signant une ambiance envoûtante et lente, portée par le tintement régulier d’une cloche et des beats lourds et vibrants. Le tout nous entraîne dans un voyage intérieur, profond et sensoriel, dans une veine proche de certains morceaux de Lustmord, notamment Babel.
L’album s’achève avec le sublime "Cyhyraeth" — équivalent gallois de la Banshee — un morceau profondément chargé émotionnellement, qui évoque pour moi un chant funèbre moderne. La voix de Zhenia, une fois encore en ukrainien, est douce, presque spectrale, portée par une instrumentation minimaliste et le tintement régulier d’une cloche, comme un battement lointain.
Plus de martèlement, plus de revendication : il ne reste qu’une forme de résignation lucide, face à notre incapacité collective à embrasser la paix, à accepter l’autre sans jugement, à vivre ensemble autrement. On flotte, comme suspendu dans un autre monde, se dissolvant lentement dans un écho final, un souffle de vent.
Cette ambiance n’est pas sans évoquer certains morceaux de Twin Peaks, que j’adore — ce même sentiment de mystère calme, de beauté inquiétante. "Cyhyraeth" ne délivre pas. Il ne résout rien. Il fait place au vide, au deuil, à ce qui reste quand tout s’est tu.
Pour conclure, GRIEF est un album magistral signé par tAngerinecAt. Ce n’est pas un disque que l’on survole ou que l'on écoute d’une oreille distraite : c’est un album que l’on vit, que l’on ressent.
tAngerinecAt y explore la douleur, le deuil et la transformation avec une sincérité désarmante et une puissance sonore bouleversante. C’est un disque qui émeut, qui fait réfléchir, et qui peut déranger.
GRIEF est comme un espace sacré, à la fois personnel et collectif, où la musique devient langage, mémoire et guérison.
Je tenais à remercier tAngerinecAt de m'avoir laissé le temps de rédiger cette chronique, qui a été longue à faire en raison de ma formation professionnelle ainsi que de la préparation de notre déménagement. Merci à vous pour votre patience et votre compréhension
Il y a quelques jours, avec ma compagne nous avons regardé la série documentaire Netflix "De rockstar à tueur : le cas Cantat" réalisé par Anne-Sophie Jahn, Nicolas Lartigue, Zoé de Buissière et Karine Dusfour. Bien que je n'ai jamais été un grand fan de Noir Désir (j'étais plus Indochine, Jean Michel Jarre, Cradle of Filth etc..), j'appréciais tout de même pas mal des titres diffusés à la radio ou les albums que j'empruntaient à la Bibliothèque. Jusqu'il y a peu, j'écoutais avec plaisir ce qu'ils avaient fait. Mais j'ai eu à cœur de regarder cette série en 3 épisodes, afin d'essayer de mieux comprendre le drame de l'époque, et en fait les révélations faites font froid dans le dos.
Quand est survenu le féminicide de Marie Trintignant, j'ai été comme une immense majorité des gens à croire que c'était un crime passionnel, une banale dispute de couple ayant eu lieu sous l'emprise d'alcool et de stupéfiants. Je n'ai pas été choqué sur le fait que Cantat fut libéré au bout de 4 années de prison à la place des 8 de prévues. Je ne voyais pas le problème qu'il fasse un nouveau groupe de musique "Détroit", car il avait purgé sa peine et semblait toujours marqué par la mort de Marie. Je ne me suis pas posé de question non plus suite au suicide de Krisztina Rády, car il n'y avait pas de lien cause à effet avec Cantat. C'est là où on se rend compte que la manipulation médiatique est extrêmement forte et puissante, sur ce genre d'affaire dramatique. Pourtant le rapport d'autopsie fut accablant pour lui, le témoignage du médecin légiste disant qu'il la tenait avec le genou sur la gorge, qu'il y avait des ecchymoses à cet endroit là, j'ai trouvé ce témoignage glaçant et comme l'a justement dit dernièrement Lio "C'est une exécution".
Marie Trintignant
Les vidéos des auditions de Cantat sont terribles du fait du manque total de sincérité du mec, avec ses larmes de crocodiles, son langage corporel, jusqu'à oser faire des blagues alors qu'il venait de tuer sa femme qu'il aimait plus que tout au monde soit disant. Tout est fake et c'est ahurissant de voir qu'actuellement, des gens continuent à prendre sa défense. L'avilissement des médias, des proches de Cantat sont horribles, entre Pascal Nègre qui reste aveugle de ce qu'il s'est passé et dit clairement qu'il en n'a rien à foutre, ou du frère qui dit que Marie avait eu 4 enfants, de 4 hommes différentes sont également à vomir. Un homme qui est dans la même situation c'est normal (exemple Musk qui a 13 enfants avec plusieurs femmes différentes, personne ne dit à ce sujet en trouvant ça normal), par contre quand c'est une femme on en fait une trainée Pareil pour le tourneur de Noir Desir, les deux continuent à le couvrir, comme toutes les personnes qui connaissaient son comportement mais n'ont strictement rien dit et continuent à se murer dans un silence assourdissant. C'est une omerta, comme dit dans le documentaire
Rien ne va dans la façon d'être de Cantat que ce soit avec Marie ou Krisztina, à avoir le contrôle total sur elles, entre le fait de coller en permanence Marie sur le tournage du téléfilm "Colette", qui gardait son téléphone dans sa bottine pour répondre à Cantat systématiquement, quand elle se fait maquiller il lui agrippe la main derrière. A quel moment tu vrilles au point de tuer la personne que tu aimes, suite à un simple texto reçu d'un ex ? Comme le disait justement Lio chez Ardisson "L'amour n'apporte pas la mort!". Pour Krisztina, le fait de s'installer à nouveau avec, quand celle-ci retrouve quelqu'un avec lequel elle est heureuse et amoureuse. Le fait d'apprendre qu'elle a eu un décollement du cuir chevelu est également glaçant et prouve que le bonhomme est un habitué des violences envers les femmes. Quand on prend conscient de son calvaire, son suicide est un crève cœur, et dire qu'elle s'était portée garante de son bon comportement et qu'il n'avait jamais été violent à son égard. En remerciement, le mec la pousse au suicide. C'est terrible. Et jusqu'au bout le traitement médiatique et sociétal à ces affaires aura été minable, dans l'incapacité total de parler de féminicide.
Krisztina Rády
Ce documentaire est clairement à voir, afin de bien prendre conscience de cette histoire qui aide à ouvrir les yeux (pour les personnes comme moi) à comprendre que Cantat n'est qu'un manipulateur narcissique, sans le moindre remord de ce qu'il a fait, et que l'on ne peut en aucun cas séparer l'homme de l'artiste. Ces trois épisodes sont glaçants mais nécessaire. Bravo à Anne-Sophie Jahn et son équipe pour leur incroyable enquête qui a duré 4 ans.
Si vous êtes victime de violences conjugales, ou si vous êtes inquiet pour une membre de votre entourage, il existe un service d'écoute anonyme, le 3919, joignable gratuitement 24h/24 et 7 jours sur 7. Il est aussi possible d'envoyer un signalement sur une messagerie instantanée. Ce numéro n'est pas un numéro d'urgence comme le 17 (ou le 114 par SMS) qui permet, en cas de danger immédiat, de téléphoner à la police ou la gendarmerie.