Salut, moi c’est Steeve !
42 ans, passionné de musique, et jamais rassasié de découvertes sonores.
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À la recherche du temps perdu. Aujourd'hui, je vais enfin vous parler du duo Denuit, que je suis plus ou moins attentivement depuis déjà quelques années et auquel j'aurais dû consacrer une chronique bien plus tôt.
Je les ai découverts en 2022 grâce au partage Facebook d'une amie, avec le titre I'm Bleeding, qui m'avait immédiatement séduit. Mais il faut bien reconnaître que j'ai parfois tendance à m'éparpiller, à me concentrer sur certains styles musicaux plus que d'autres, sans compter quelques turbulences dans ma vie personnelle ces dernières années.
Comme le dit l'expression, mieux vaut tard que jamais. Et quoi de mieux que la sortie de leur nouveau single, Echo from Hell, pour enfin réparer cet oubli ?
Denuit est un duo français de darkwave formé en 2017 à Montpellier par Ivi Topp (synthés) et Lis Araignée (chant, claviers, flûte, gong). Après un premier album remarqué, Black Sun, paru en 2021, le groupe s'est progressivement imposé comme l'une des formations les plus captivantes de la scène darkwave française. Aujourd'hui, Denuit compte quatre albums à son actif, et un cinquième, Nothing lasts | forever, paraîtra sur les principales plateformes de streaming aux alentours d'octobre/novembre. Il sera prochainement possible de se procurer l'album en format CD sur le site officiel du groupe ainsi que sur leur Bandcamp.
Il y a beaucoup de choses que j'apprécie chez Denuit. Musicalement, le duo livre une darkwave à la fois sombre, percutante et redoutablement efficace. Aucune mélodie ne me laisse de marbre et chacune d'elles me donne irrésistiblement envie de danser.
Mais ce qui me touche tout autant, c'est la voix si singulière de Lis. Par moments, elle me rappelle celle de Siouxsie, tout en conservant une identité qui lui est propre. Avec la même aisance, elle chante en français comme en anglais et porte des textes empreints de noirceur, de poésie et d'une discrète lueur d'espoir : "J'ai oublié ton odeur / Mais pas tes yeux / Le gris couleur tempête / Celle qui te va le mieux" (Cendre), "Empoisonne-moi, mon cœur est ouvert / Plantes-y un couteau / Fais-le battre à nouveau" (Tiens-moi, Le monde tombe) ou encore "Sometimes I love you to death / After all, you're my lighthouse / Our souls are now bound together / Destined to merge ecstatically / In the blessed hellfire for all eternity" (I'm Bleeding).
À cela s'ajoute un procédé vocal que je trouve particulièrement réussi : Lis superpose régulièrement sa voix principale, posée dans les graves, à une seconde ligne plus aérienne dans les aigus. Ce jeu de contrastes apporte une véritable profondeur aux morceaux et participe pleinement à l'identité sonore de Denuit.
Echo from Hell, quatrième single extrait de Nothing lasts | forever, ne fait pas exception. Après le très mélodique et entêtant Tiens-moi, le monde tombe, le duo revient avec un titre plus frontal, teinté de sonorités EBM et intégralement interprété en anglais. Echo from Hell frappe aussi par la puissance de ses paroles, où s'affirme une volonté de reprendre possession de son propre corps : "Don’t touch me / I am not here / I don’t want you near / My body is only mine / My blood runs only in my veins"
Avec Echo from Hell, Denuit rappelle une nouvelle fois ce qui fait la force de son univers : une darkwave à la fois dansante, sombre et habitée, portée par une identité vocale immédiatement reconnaissable. Mais au-delà de ce nouveau single, c’est bien l’ensemble du parcours du duo qui mérite que l’on s’y attarde. Depuis Black Sun, Denuit creuse son propre sillon avec constance, intensité et une sincérité qui traverse aussi bien les mélodies que les textes. Après avoir trop longtemps repoussé le moment de leur consacrer une chronique, je peux désormais l’affirmer sans hésiter : Denuit fait partie de mes incontournables musicaux.
Aujourd'hui, j'ai très envie de vous partager le projet musical de Faeloria, qui a pris vie il y a seulement quelques mois, mais qui possède déjà tout d'une grande artiste. Je l'ai découverte complètement par hasard en faisant défiler Instagram, et ce fut une très belle surprise.
Faeloria est un projet dark folk créé par Kécia Paquin Lafaille. À travers ses compositions, l’artiste invite l’auditeur à un voyage introspectif où se mêlent ombre et lumière, émotion et spiritualité. Une musique délicate et atmosphérique, qui semble chercher à révéler ce qui se cache au plus profond de nous-mêmes.
Actuellement, Faeloria a publié deux chansons : Ostara et Algiz. Elle a également collaboré avec le talentueux Gealdýr sur le titre Wyrmbana II. Sur son compte Instagram, on peut aussi découvrir plusieurs extraits, tous plus merveilleux les uns que les autres.
Dès les premières notes, Faeloria nous embarque dans un univers à la fois doux, mystérieux et profondément immersif. Les nappes synthétiques planantes renforcent la dimension onirique des compositions et invitent à la contemplation, tandis que le tambour chamanique présent sur Ostara m'évoque les battements d'un cœur.
Le côté immersif est pleinement exploité sur Algiz avec le croassement d'un corbeau en introduction et l'utilisation d'une tagelharpa, qui est définitivement l'un de mes instruments préférés. Le morceau dégage une magnifique atmosphère chamanique qui m'emporte à chaque écoute.
Faeloria possède une beauté et une puissance vocales incroyables, qui me donnent la chair de poule à chaque écoute, une sensation encore renforcée lorsque je branche mon casque. Pour moi, elle fait partie des plus belles voix de la scène dark folk actuelle, avec certaines intonations qui peuvent évoquer, par moments, la talentueuse Lisa Gerrard.
Faeloria est clairement une artiste que je vais suivre attentivement, en espérant la sortie d’un EP en fin d’année ou au début de l’année prochaine. Je vous laisse avec Ostara, Algiz et le magnifique clip de Wyrmbana II : branchez votre casque, si vous en avez un, respirez profondément, fermez les yeux et laissez-vous guider à travers ces trois fabuleux titres.
Vous pouvez suivre et soutenir le travail de Faeloria sur son : Site officiel, Facebook, Instagram, Bandcamp, Soundcloud, TikTok et X . Je vous invite également à découvrir son compte Instagram emerald.tatoo car ses réalisations sont tout simplement somptueuses et méritent d'être vues. Dommage pour moi qu'elle vive au Canada et non en France !
Ça y est !! Landroid est bel et bien de retour avec un nouvel album intitulé Constellation, sept ans après l’excellent Imperial Dunes !
Pour accompagner cette sortie, Landroid a eu la géniale idée de proposer à sa communauté une expérience immersive durant cinq jours, complétée par l’envoi d’un passeport numérique. Celui-ci dévoilait la liste des onze titres, leurs paroles, ainsi que différentes énigmes et missions particulièrement ludiques. Chaque jour, un nouveau mail nous invitait également à découvrir les coulisses de la création de Constellation : l’arrivée de Nigel au sein du groupe, les premières idées de chansons enregistrées par Cooper sous forme de notes vocales, les carnets d’écriture de Hank the Dragon ou encore une capsule temporelle nous emmenant à la découverte du passé musical de chacun des membres.
Faute de temps et d’organisation personnelle, je n’ai malheureusement pas pu participer pleinement à cette aventure. J’ai néanmoins trouvé cette initiative particulièrement intéressante et enrichissante, malgré un petit bémol : les vidéos partagées par le groupe ne proposaient que des sous-titres en anglais, ce qui pouvait rendre leur compréhension parfois difficile.
Avant toute chose, il est important de préciser que Constellation n’est pas un simple album, mais un album-concept construit autour des liens qui nous unissent. Il évoque ces fils invisibles qui nous relient à notre passé, à notre avenir et aux personnes qui façonnent notre existence. À l’image d’étoiles dispersées dans le ciel nocturne, chacun suit sa propre trajectoire. Pourtant, lorsque celles-ci se croisent et se rejoignent, elles finissent par dessiner quelque chose de plus vaste : une constellation.
L’arrivée de Nigel Roman au sein de Landroid s’intègre d’ailleurs parfaitement dans l’univers de Constellation. Loin de donner l’impression d’une présence extérieure ou simplement additionnelle, il participe pleinement à la nouvelle ampleur narrative de l’album. Son apport renforce autant la dimension humaine du récit, centrée sur deux amants pris dans une spirale irréversible, que sa portée plus mythologique liée à Yaldabaoth et à cette création imparfaite dont les conséquences échappent à celui qui l’a déclenchée. L’alchimie avec Cooper est également l’une des grandes réussites de l’album : les deux sont véritablement en osmose, leurs voix et leurs sensibilités se répondant avec une belle évidence.
À travers cette nouvelle dynamique, Landroid gagne en relief et en profondeur. Les voix, les points de vue et les émotions semblent se répondre comme différentes étoiles d’une même carte céleste, donnant à l’album une cohérence encore plus forte.
Constellation s’ouvre avec The Beginning, un morceau puisant dans le récit gnostique de la création du monde. Celui-ci met en scène Yaldabaoth, un être imparfait qui, se croyant seul maître de l’univers, façonne le monde matériel malgré les avertissements des puissances divines qui lui sont supérieures.
Derrière cette dimension cosmique apparaît déjà la question centrale de l’album : que se passe-t-il lorsque l’on déclenche quelque chose qu’il devient impossible d’arrêter ?
Le récit quitte alors les origines de l’univers pour se resserrer autour de deux amants. Après avoir braqué une banque, ils se retrouvent confrontés à un coup de feu qui fera irréversiblement basculer leur existence. Deux histoires en apparence très éloignées, mais traversées par la même peur : celle des conséquences d’un acte sur lequel il n’est plus possible de revenir.
Tout au long de son écoute, je n’ai pu m’empêcher de trouver ce deuxième album de Landroid terriblement poétique et touchant, autant par ses paroles et les thèmes abordés que par sa dimension musicale.
Parmi ces thématiques, le groupe évoque avec une grande justesse les héritages invisibles, notamment avec Autonomous, qui interroge le poids du passé, la figure paternelle et la nécessité de trouver sa propre voie.
Mais Constellation parle surtout de l’amour comme lien, refuge et vertige, à travers des titres comme Say My Name, Nine Moons, When You Close Your Eyes ou encore Stay.
Dans cette partie de l’album, Landroid explore différentes nuances du sentiment amoureux : l’attirance, le manque, la mémoire et cette peur de voir l’autre nous échapper.
Say My Name possède une dimension plus immédiate et charnelle, tandis que Nine Moons s’impose comme l’une des plus belles respirations de l’album. Plus proche de la ballade, le titre touche par sa mélancolie lumineuse et cette sensation d’éloignement que l’on tente malgré tout de traverser. When You Close Your Eyes prolonge cette idée en laissant apparaître les fantômes du passé, ces souvenirs amoureux qui continuent d’habiter les lieux, les gestes et les silences.
Plutôt que d’exister séparément, ces chansons semblent former une même constellation intime autour du désir, de l’absence et de la persistance des souvenirs.
Et justement, Stay occupe une place particulière dans l’album, puisqu’il s’agit sans doute de mon titre préféré de Constellation. Peut-être parce qu’il évoque cette immense peur de voir l’autre s’éloigner, même lorsqu’il est encore présent à nos côtés. On y ressent une supplication intime, presque désespérée, magnifiquement portée par Nigel, qui fait selon moi des merveilles sur cette chanson. Comme si le simple fait de demander à l’autre de rester devenait déjà un aveu de fragilité. Le refrain, construit autour de cette supplication simple, "Stay / Please stay / I’ll do anything", résume à lui seul toute la fragilité du morceau.
Landroid y capte avec beaucoup de justesse ce moment trouble où l’amour ne suffit plus forcément à retenir quelqu’un, mais où l’on continue malgré tout à tendre la main. Dans le cadre de Constellation, Stay devient alors l’une des étoiles les plus sensibles de l’album : celle qui rappelle que les liens qui nous unissent peuvent être puissants, mais aussi terriblement vulnérables.
Musicalement, j’adore également sa ligne de basse énergique et hypnotisante. Cooper y fait preuve d’une grande maîtrise : cette basse apporte selon moi toute la profondeur du morceau, comme un mouvement intérieur qui maintient la chanson en tension permanente.
Cette importance accordée à la basse se prolonge sur Say My Name, où elle continue d’occuper une place essentielle. Elle donne au morceau une pulsation plus charnelle, presque magnétique, comme si elle venait traduire physiquement l’attirance entre les deux personnages. Après la supplication fragile de Stay, Say My Name semble prolonger ce même lien sous une forme plus fiévreuse et immédiate.
La basse devient alors l’un des fils invisibles de l’album, reliant les chansons entre elles autant qu’elle relie les émotions des protagonistes.
Hank the Dragon trouve également une place importante dans cette traversée émotionnelle. Déjà marquant lors de sa sortie, le titre prend encore plus de sens une fois replacé au cœur de Constellation. Il ne fonctionne plus seulement comme un morceau magnifique, efficace et terriblement addictif, mais comme une pièce essentielle du puzzle imaginé par Landroid.
Dans le contexte de l’album, Hank the Dragon semble prolonger les questionnements autour de l’erreur, de la fragilité et de cette possibilité de retomber amoureux malgré les blessures. Il y a dans ce titre quelque chose de profondément humain : cette impression d’avoir cassé quelque chose, de ne pas toujours savoir comment réparer, mais de continuer malgré tout à chercher une forme de lumière au milieu des morceaux éparpillés.
Cette fragilité se prolonge ensuite sur Sometimes, autre moment particulièrement touchant de Constellation. Cooper y chante tout en douceur, avec cette impression de venir nous cueillir presque sans prévenir. Sa voix avance avec une grande délicatesse, comme si l’émotion n’avait pas besoin d’être forcée pour nous atteindre.
Musicalement, le morceau conserve cette basse profonde et scotchante, qui maintient l’ensemble dans une forme de gravité intime. Nigel intervient quant à lui en chœur de manière discrète, presque en arrière-plan, mais suffisamment pour apporter une couleur supplémentaire au titre. Cette présence subtile renforce la dimension fragile et spirituelle de Sometimes, qui interroge la foi, la peur et cette forme d’amour invisible auquel il faut accepter de croire sans toujours le comprendre.
Cette dimension spirituelle trouve son aboutissement avec The Ending, qui vient refermer la boucle ouverte par The Beginning. Landroid y relie la mort des deux amants à une forme de fin du monde, non pas pensée comme une catastrophe, mais comme une libération. Dans la lecture gnostique qui accompagne l’album, le monde matériel créé par Yaldabaoth est imparfait et temporaire. Lorsque les âmes retrouvent leur lumière intérieure, elles peuvent alors se détacher de cette réalité et retourner vers le Plérôme, ce royaume de plénitude spirituelle évoqué dès le début du voyage.
Dans ce contexte, The Ending ne sonne pas comme une conclusion brutale, mais comme une dissolution progressive. Après les choix irréversibles, les héritages invisibles, les amours fragiles et les souvenirs qui persistent, le morceau donne l’impression que tout revient à la source. La fin devient alors moins une disparition qu’un passage, comme si Constellation achevait son récit en transformant la perte en retour vers quelque chose de plus vaste.
Pour conclure cette chronique, Constellation est un excellent album, profondément touchant, pour lequel j’ai un énorme coup de cœur. C’est un voyage musical qui s’écoute d’une seule traite, porté par une cohérence remarquable et une forte constance du début à la fin. Chaque titre semble trouver naturellement sa place dans l’ensemble, comme si Landroid avait pris le temps de construire un univers où rien n’est laissé au hasard.
Le groupe conserve cette ambiance lynchienne qui faisait déjà partie de son identité sur Imperial Dunes, mais la pousse ici encore plus loin. Tout paraît plus abouti, plus maîtrisé, plus immersif. Constellation possède cette capacité à installer des images mentales très fortes, entre rêve étrange, romance blessée, fuite en avant et vertige cosmique.
Sept ans après Imperial Dunes, Landroid ne se contente donc pas de revenir avec un nouvel album. Le groupe élargit son univers, affirme une nouvelle dynamique et signe une œuvre ambitieuse sans jamais perdre son cœur émotionnel. L’arrivée de Nigel apporte une vraie profondeur supplémentaire, tandis que l’alchimie avec Cooper renforce l’intensité de l’ensemble. Greg, de son côté, reste essentiel à cet équilibre : sa présence participe à cette identité sonore si particulière, à la fois élégante, mystérieuse et profondément immersive.
Avec ses mélodies accrocheuses, ses basses profondes, ses voix parfaitement complémentaires et son concept aussi poétique que fascinant, Constellation fait partie de ces albums qui gagnent encore en puissance au fil des écoutes. Un album sensible, immersif et terriblement attachant, qui confirme que Landroid est bel et bien de retour, et de la plus belle des manières.
Avec Da Punch, Krystal System ne revient pas sur la pointe des pieds : le groupe défonce la porte, branche les machines et balance un uppercut électro-metal en pleine face. Quatrième album de la formation, ce nouveau disque porte son nom à merveille tant il frappe fort, avec une énergie frontale, nerveuse et dévastatrice. Après plus de dix ans d’attente, autant dire que le retour valait largement le coup.
Le coup est porté dès le titre éponyme de l’album, Da Punch, morceau percutant, nerveux à souhait, traversé par une tension permanente et un sentiment d’urgence. Cette urgence transparaît pleinement dans les paroles, où Krystal System dresse le portrait d’un monde au bord de la rupture : les arbres brûlent, les mers débordent, la pression monte, tandis que l’humanité reste prisonnière de son inertie. La phrase “We don’t feel, we don’t move, we don’t care” résume à elle seule toute la force du morceau : un constat glaçant sur notre capacité à rester immobiles face au chaos. Pourtant, le refrain laisse aussi entrevoir une envie de rupture, celle de chercher un autre endroit, de sortir de cette course absurde et de lâcher prise.
Avec Someday, Krystal System déplace le curseur vers un territoire plus intime et mélancolique. Après l’urgence frontale de Da Punch, le morceau ouvre une brèche intérieure, traversée par le souvenir, la solitude et le besoin d’ailleurs. Le “un jour” du titre sonne comme une promesse fragile : prendre le risque, dire adieu, apaiser les traces de la mémoire et atteindre un autre espace. Entre l’envie de rester et celle de partir, entre la blessure de la solitude et la possibilité d’en faire une force, Someday transforme l’isolement en matière sensible. Textuellement, la noirceur se fait plus douce, tandis que musicalement, le titre conserve toute sa force percutante et tranchante. L’ensemble n’en est pas moins poignant, porté jusqu’à sa conclusion par un effet de clavecin qui s’intègre à la perfection et apporte une touche d’originalité particulièrement réussie.
Je ne vais pas revenir en détails sur Eclats rouges car je l'ai chroniqué en tant que single en juillet dernier (tout comme je ne reviendrais pas sur Skippy bop). Ce que je peux rajouter en plus, c'est que son texte prolonge parfaitement l’imagerie du combat qui traverse Da Punch : le ring, les coups, les corps mis à l’épreuve, mais aussi la violence transformée en spectacle, entre lumières, paris et bookmakers. Les “éclats rouges” deviennent alors autant des traces de coups que des fragments de rage et de douleur, tandis que les “étoiles étalées sur les paupières” donnent au titre une dimension presque visuelle, entre brutalité physique et vertige intérieur.
On enchaîne avec l’excellente Iryna’s Song, qui voit cette fois Seven ouvrir le chant, un choix particulièrement appréciable tant sa voix rauque et puissante apporte une intensité immédiate au morceau. Musicalement, le titre s’impose dans une veine indus comme je les aime, avec un beat lourd, une guitare omniprésente et une mélodie imparable qui rend l’ensemble ultra dansant. Et c’est précisément ce décalage qui rend les paroles encore plus bouleversantes, puisque Bonnie m’a confié que le morceau faisait écho au meurtre d’Iryna Zarutska, jeune réfugiée ukrainienne assassinée en août 2025 dans une rame du métro léger de Charlotte, aux États-Unis. Entre douleur, innocence fauchée et prière vers l’Éden, Iryna’s Song devient alors bien plus qu’un morceau percutant : un hommage sombre, vibrant, et profondément humain.
Neon Cage démarre sur une introduction que j’aime beaucoup, dans cet esprit un peu “à l’ancienne” où l’on entend les membres du groupe échanger entre eux et faire quelques tests de son. Ce genre de détail apporte immédiatement une dimension plus humaine au morceau, comme si l’on entrait dans le studio avec Krystal System avant que la machine ne se mette pleinement en route. On retrouve d’ailleurs ce même esprit à la fin du titre, lorsque le son baisse progressivement jusqu’à clôturer définitivement le morceau. J’adore retrouver ce type d’effet, qui donne au titre une présence plus organique, presque comme si l’on assistait à une prise vivante plutôt qu’à une simple piste figée. Côté texte, Neon Cage évoque davantage une forme de discipline et de construction de soi dans un monde moderne, électrique et sous pression. La “cage néon” devient alors moins une prison qu’un espace de tension, presque un terrain d’entraînement intérieur, où l’on avance entre contrôle, endurance et volonté de se forger soi-même.
Place à Mélodie en sous-sol, seul titre instrumental de l’album, et quel instrumental ! Référence évidente au film d’Henri Verneuil, ce morceau semble pourtant porter son titre bien au-delà du simple clin d’œil : la mélodie paraît réellement provenir d’un endroit caché, comme une boîte à musique souterraine dont on entendrait le mécanisme se remonter tout au long du morceau. L’ambiance y est clairement cinématographique, quelque part entre dystopie et univers industriel, avec cette impression d’avancer dans un décor sombre, métallique, presque abandonné. Un titre court, mais particulièrement évocateur, qui installe à lui seul des images très fortes.
Poursuivons avec Soleil Noir, titre qui s’ouvre sur une batterie envoyant toute sa puissance percutante. Le morceau frappe autant par son énergie que par son atmosphère urbaine et nocturne, portée par des images très visuelles : sirènes à 200 décibels, écran de verre, phalènes attirées par la lumière et cette “déesse” inattendue qui prend les traits d’une Citroën. Derrière ces visions à la fois poétiques et grinçantes, Soleil Noir dessine un monde saturé de bruit, de reflets et de faux éclats. Un morceau frontal et très visuel, où la nuit industrielle devient un véritable théâtre électrique, mais aussi un espace de retrait, comme si la solitude devenait une manière de résister au vacarme extérieur.
Nouvel Age est la chanson la plus calme de l'album même si les paroles restent percutantes et sarcastiques avec une critique de notre monde moderne qui promet beaucoup, mais formate tout sur son passage. Le texte, mordant et sarcastique, évoque une époque du calibrage, de l’image et du superflu, où “hors du calibrage, point de salut”. Derrière les promesses de partage, de libération et de progrès, le morceau laisse surtout entendre une société obsédée par l’apparence, les sondages et l’art de plaire. Dans les couplets et le refrain en français, Bonnie étire presque systématiquement les derniers mots de chaque vers avec une intonation descendante, donnant au chant une couleur hypnotique et désabusée. Ce procédé vocal renforce parfaitement l’ironie mordante du texte, comme si chaque phrase retombait lourdement sur ce “Nouvel Age” calibré et sans relief.
On arrive sur mon titre préféré de l’album avec A World That Is Yours, qui m’évoque par moments Rammstein, notamment Du Hast, dans cette façon d’installer une pulsation électro en arrière-plan. C’est puissant, indus à mort et explosif à la fois : tout ce que j’adore ! Sur ce morceau, Seven assure les couplets tandis que Bonnie prend en charge le refrain, et l’association fonctionne à merveille. L’ensemble se révèle terriblement efficace, avec une mélodie qui reste immédiatement en tête. Derrière son titre, que l’on pourrait traduire par “Le monde t’appartient”, A World That Is Yours évoque un amour absolu, sans concession, traversé à la fois par les souffrances, les joies et l’espoir. Le morceau ne sonne pas comme un simple hymne lumineux, mais plutôt comme une déclaration intense, où l’amour devient un monde à part entière, avec ses blessures, ses élans, ses cages intérieures et son besoin de liberté. La phrase “Inside a cage I think about how freedom feels” prend alors tout son sens : même au cœur des limites, des doutes ou des douleurs, quelque chose continue de chercher l’air, la lumière et la possibilité d’aimer pleinement.
Place ensuite à Headhunter, reprise du célèbre titre de Front 242. Un choix qui tombe sous le sens tant l’héritage EBM et électro-indus semble dialoguer naturellement avec l’univers de Krystal System. Le groupe ne se contente pas d’un simple hommage : il s’approprie le morceau avec son énergie propre, ses guitares, sa tension et cette manière de faire sonner l’indus de façon à la fois frontale et organique. Sincèrement, la reprise est absolument excellentissime, au point que je la préfère même à l’originale !
Poursuivons avec l’hypnotique What If I Fail?, que j’adore également ! La chanson est intégralement chantée par Seven, et c’est d’ailleurs l’une des grandes forces de Krystal System : que ce soit Bonnie ou Seven derrière le micro, le rendu vocal fonctionne à merveille. Il m’arrive assez souvent, dans ce genre de configuration, d’être davantage sensible à l’une des deux voix. Ici, rien de tout cela : les deux apportent quelque chose de fort, de complémentaire, et le résultat est excellent dans les deux cas. Une fois encore, Krystal System signe un refrain qui fait mouche, porté par une mélodie qui s’accroche immédiatement en tête. Côté texte, What If I Fail? aborde le doute sous la forme d’une métaphore maritime. Construire un bateau, lever l’ancre, affronter les tempêtes, les calmes plats et l’incertitude du voyage : tout semble parler d’un départ nécessaire, mais traversé par la peur de tomber, de se tromper de route ou de ne pas arriver à temps. Pourtant, malgré l’horizon vide, une phrase résume toute la force du morceau : “But still I’m sailing”. Malgré le doute, continuer à naviguer.
Déjà abordé lors de ma chronique consacrée au single Éclats Rouges, Skippy Bop mérite tout de même d’être replacé dans l’ensemble de Da Punch. Avec son ton grinçant et son refrain volontairement absurde, le morceau tourne en dérision un monde administratif et entrepreneurial déshumanisé, où tout semble passer par les tickets d’admission, les conditions d’adhésion, les dossiers imparfaits, la restructuration et le rendement optimum. Derrière son apparente légèreté, Skippy Bop cache une critique mordante du langage corporate et de ses formules toutes faites, comme si l’absurde devenait la seule réponse possible face à une machine qui broie les individus avec le sourire.
Terminons ce voyage musical avec Wonder Who?, qui s’ouvre sur une superbe introduction au piano (et se conclue de la même façon : frissons garantis) avant de basculer vers une ambiance plus synthétique. Le refrain se distingue notamment par un effet vocal cybernétique très original et parfaitement réussi, au point de donner presque l’impression d’entendre une présence mécanique prendre le relais. Clin d’œil volontaire aux êtres cybernétiques de Doctor Who ? Difficile à dire, mais l’effet fonctionne à merveille et apporte au morceau une vraie singularité.
La question “Wonder who is pulling the strings?” revient alors comme une idée fixe : qui tire réellement les ficelles ? Derrière l’apparente simplicité des paroles, le titre laisse planer une sensation plus trouble, presque liée aux mécanismes de l’inconscient. Entre joie, piqûres, mouvement permanent, vitesse et besoin soudain de tout arrêter, Wonder Who? semble interroger cette part invisible de nous-mêmes qui agit, décide, fuit ou se fige sans toujours se laisser comprendre. Une conclusion efficace, presque entêtante, qui clôt l’album sans apporter de réponse claire, mais en laissant résonner une dernière inquiétude.
Pour conclure, Da Punch est un excellent album de Krystal System, et même, à mes yeux, le meilleur du groupe. Aucun titre ne semble en dessous d’un autre : l’ensemble fait preuve d’une constance remarquable tout au long de ses 13 morceaux, sans baisse d’intensité ni passage dispensable. Je suis d’autant plus heureux de pouvoir enfin chroniquer un album de Krystal System, tant le groupe fait clairement partie de mes formations préférées. Avec Da Punch, Bonnie, Seven et Phi signent un retour puissant, inspiré et sans concession, à l’image d’un album qui porte décidément son nom à merveille.
Vous pouvez pré-commander Da Punch en format physique sur le site d'Alfa Matrix et en format numérique sur le Bandcamp d'Alfa Matrix également ! Vous pouvez suivre Krystal System via leur : site officiel, Facebook et YouTube !
Il y a un peu moins d'un mois avait lieu l’Eurovision 2026, qui se déroulait à Vienne. Bon, je ne suis pas un aficionado de l’émission au point d’en suivre toutes les phases de très près : je me contente généralement de la finale, et encore, je ne la regarde pas toujours en entier. Mais j’aime beaucoup suivre cet événement, car il permet souvent de découvrir des artistes ou des groupes venus d’autres pays, vers lesquels on n’irait pas forcément spontanément.
Même si j’ai bien aimé la chanson victorieuse, Bangaranga de Dara, ainsi que REGARDE ! de Monroe, mes deux gros coups de cœur sont allés au groupe féminin d’ethno-pop LELEK, avec ANDROMEDA, et à Alexandra Căpitănescu avec Choke Me, dans un registre nu-metal.
Ayant des origines croates de par mon grand-père, je commence donc avec LELEK, un groupe très récent formé en 2024 à Zagreb. Il se compose actuellement de :
Inka Večerina Perušić
Judita Štorga
Korina Olivia Rogić
Lara Brtan
Marina Ramljak
J’ai trouvé la performance du groupe incroyablement hypnotique, puissante et esthétiquement sublime. Entre les images projetées en arrière-plan, les jeux d’ombres et de lumières, les flammes surgissant sur et autour de la scène, tout contribuait à créer une ambiance presque mystique. La chorégraphie était magnifique, portée par la présence scénique impressionnante des cinq femmes, à la fois intense, habitée et profondément charismatique.
Mention spéciale également aux faux tatouages reproduits avec soin sur le corps des chanteuses. Ces marques, composées de formes géométriques, de croix, de petits soleils et de lignes, renvoient aux sicanje : des tatouages chrétiens traditionnels portés notamment par les jeunes femmes croates catholiques de Bosnie-Herzégovine et de Dalmatie, jusqu’au XIXe siècle. Au-delà de l’esthétique, ce détail apporte une vraie profondeur symbolique à la prestation, comme si le groupe faisait remonter sur scène une mémoire ancienne, à la fois intime, spirituelle et collective. Je vous invite d’ailleurs à lire ce passionnant article expliquant davantage l'histoire des "sicanje" ou "bocanje"
Andromeda est donc un poème qui rend hommage à la force des femmes, tout en rappelant que leur liberté demeure, encore aujourd’hui, menacée. C’est un appel à ne pas laisser le passé dormir dans les livres d’histoire, mais à en tirer une force pour reconnaître les chaînes d’aujourd’hui et bâtir un avenir meilleur.
Actuellement, LELEK n’a pas encore d’album à son actif, seulement quelques singles disponibles. Mais après un tel passage en Grande Finale de l’Eurovision, j’espère sincèrement que cette belle exposition leur permettra de franchir un cap et, pourquoi pas, de nous offrir un premier album dans les mois à venir.
Au départ, je pensais consacrer un seul article à l’Eurovision, en y évoquant mes deux coups de cœur de cette édition. Mais finalement, plus j’avance dans l’écriture, plus une évidence s’impose : LELEK comme Alexandra Căpitănescu méritent chacun leur propre chronique. Rendez-vous donc très prochainement pour vous parler d’Alexandra Căpitănescu !
Pour soutenir LELEK et suivre leurs prochaines actualités, retrouvez le groupe sur: Instagram et YouTube !
En janvier dernier, je vous évoquais mon coup de foudre pour le groupe Unverkalt et leur single Oath Ov Prometheus, issu de l’album Héréditaire, paru au mois de février. Ayant eu quelques soucis de santé (tout n’est pas encore réglé), je me retrouve à rédiger cette chronique seulement maintenant. Alors, autant être sincère avec vous : ce n’est pas un style que j’ai l’habitude de chroniquer. Mais j’aime tellement cet album que je ne pouvais pas ne pas en parler. J’espère être à la hauteur de cet excellent opus d’Unverkalt, et surtout vous donner envie de l’écouter dans son intégralité.
À l’image de sa pochette, Héréditaire est une œuvre d’art saisissante, sombre et spectaculaire.
La première chose qui m’a frappé à l’écoute de l'album, c’est son immense richesse, autant sur le plan musical que vocal. Entre leurs racines grecques qui émergent sur Ænæ Lithi (ne me demandez pas de le prononcer, j’en suis bien incapable 😅) ou encore sur I, the Deceit, le groupe oscille parfaitement entre des moments de douceur et des montées de fureur. Et vocalement, Demetria impressionne par sa palette : des passages éthérés et chuchotés, avant de basculer sans prévenir dans des growls puissants. Elle m’a captivé sur l’ensemble des 9 pistes.
Cette démonstration artistique, avec toutes ces variations, est parfaitement illustrée dès le premier titre, Die Auslöschung (premier single dévoilé par Unverkalt). Le morceau démarre tout en douceur pendant plus d’une minute, porté par une Demetria à la fois fragile et aérienne, puis vient l’explosion vocale initiée par Eli, d’une efficacité redoutable sur fond de déchaînement musical à t'en retourner les tympans. Sa voix complète parfaitement celle de Demetria, et l’impact est immédiat. D'ailleurs, la chanteuse a expliqué à propos de ce titre qu’il est “à la fois sombre et immersif”, sculpté dans des textures noircies et un rythme presque hypnotique, canalisant un effondrement à la fois personnel et collectif. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti durant les six minutes de ce morceau.
Mention spéciale pour le clip, d’une beauté incroyable. Et il faut aussi souligner que Themis signe des vidéos à l’esthétique extrêmement soignée, toujours aussi somptueuse.
Héréditaire se poursuit avec Oath Ov Prometheus (deuxième single de l’album). Je ne reviendrai pas dessus en profondeur, puisque j’en avais déjà rédigé une chronique. Mais ce titre est toujours aussi jouissif à écouter : aucune lassitude à l’horizon. De plus, je garderai toujours une affection particulière pour ce morceau, puisque c’est avec lui que j’ai découvert Unverkalt et, à la clef, un véritable coup de foudre musical !
Place à la troisième piste de l’album, Ænæ Lithi, qui puise dans les racines grecques du groupe, brillamment interprétée en anglais et en grec ! Cette chanson s’inspire d’une histoire vraie et tragique : celle du Grand Incendie de Smyrne qui a eu lieu en 1922 lors de la guerre gréco-turque et que la grand-mère de Themis lui racontait.
Dans une interview donnée à The MetalList sur YouTube, Themis raconte qu’il a composé ce morceau en même temps que la création de la pochette de l’album. Il explique aussi que cela faisait depuis très longtemps qu’il souhaitait mettre cette histoire en musique, dès le premier album, mais qu’il n’avait jamais trouvé la bonne approche musicale, car c’est une histoire vraie qui l’aide beaucoup, et qu’il voulait être à la hauteur. Il a cependant trouvé le bon moment pour la faire sur Héréditaire, et le fait d’avoir créé l’œuvre d’art de la pochette en même temps que la composition du morceau le rend très heureux. Sincèrement, je trouve cette chanson magnifique et poignante.
On enchaîne l’exploration d’Héréditaire avec A Lullaby for the Descent, qui s’ouvre sur des notes de guitare acoustique, installant une atmosphère mélancolique durant les deux premières minutes, avant le retour de cette fureur vocale, assurée ici par Eli uniquement. De son côté, Demetria reste sur du chant clair et démontre une fois de plus l’étendue de ses talents.
Les guitares saturées sont un régal auditif et, par moments, elles semblent presque pleurer, rendant la chanson particulièrement émouvante. Sur le plan des paroles, le morceau est d’une noirceur poignante : il parle de l’absence, du désespoir et de ce vide qui aspire tout, comme si l’on se dissolvait dans le vide. Et dès le début, ce court passage en grec, “Μην φύγεις” (“Ne pars pas”), à peine audible, sonne comme un murmure discret qui donne le ton de la descente.
La chanson s’achève comme elle a débuté, sur des notes de guitare acoustique, cette fois rejointes par une guitare électrique, ce qui renforce encore la mélancolie du titre. C’est le morceau qui m’a le plus bouleversé, et il fait clairement partie de mes préférés de l’album.
Penumbrian Lament, cinquième piste de l’album, débute de façon lourde et froide, presque grave, avec un côté très post-black metal. L’ambiance est très cinématographique, j’imagine bien une héroïne hyper badass telle que Selene dans Underworld ou Alice dans Resident Evil débarquer de façon charismatique et déterminée, avant de dégainer les armes et de tout ravager sur son passage. Puis vient le déchaînement instrumental et vocal, marqué par le retour des growls de Demetria, avec Eli en renfort par moments.
Au bout de deux minutes, retour au calme pour un long passage que je trouve fascinant : l’ambiance reste lourde, avec un côté “bon gros rock”, une voix claire et écorchée, quelques passages chuchotés… sans pour autant délaisser des growls percutants et incisifs. Musicalement, j’ai été saisi par la présence, la puissance et la force de la batterie : ça décoiffe pleinement !
Du côté des paroles, le titre dresse le portrait d’une beauté abîmée, comme une œuvre d’art noircie, froide et pâle, dont les couleurs ont disparu. Unverkalt évoque le chaos, une guerre (réelle ou intérieure) et cette lumière qui faiblit jusqu’à nous mettre à genoux : on cherche une sortie, mais on reste pris dans le labyrinthe et, au final, il ne reste que la chute.
Introjects avait déjà eu droit à sa chronique à la sortie du single (à retrouver ici), donc je ne vais pas refaire la même analyse. Mais je tiens quand même à ajouter un détail : j’adore l’intro, portée par une ligne de basse vibrante et tranchante. C’est un véritable régal auditif !
Poursuivons notre exploration de ce merveilleux album avec I, the Deceit (feat. Sakis Tolis de Rotting Christ), le seul duo de l’album et la première collaboration d’Unverkalt avec un autre artiste ! Alors, je sais, je vais en faire bondir certains, mais je ne connaissais pas du tout Rotting Christ jusqu’à ce jour. Je crois que j’ai vu le nom passer une fois ou deux, mais c’est tout.
Mais en tout cas, quel plaisir de découvrir la voix de Sakis Tolis, qui fait des merveilles avec Demetria, et les deux s’accordent à la perfection ! Je redoutais un peu le côté duo, car j’ai l’impression que c’est devenu très monnaie courante dans le metal, un peu comme un “incontournable” pour beaucoup de groupes, et souvent je trouve le résultat déjà entendu (Within Temptation) ou ultra décevant et fade (Tarja feat. Dani Filth). Mais ici, j’ai été extrêmement agréablement surpris par la qualité de ce duo et du titre !
Sur le plan des paroles, I, the Deceit est un uppercut en pleine face ! Le titre pointe du doigt l’indifférence de celles et ceux qui laissent le monde s’effondrer et brûler (et ils sont malheureusement nombreux) non pas par ignorance, mais parce que cela les sert. Demetria explique d’ailleurs que la chanson porte le poids de cette cruauté devenue presque “ordinaire”, intime, comme si elle faisait partie du quotidien. Et musicalement, tout renforce cette sensation de plaie à vif : les guitares semblent palpiter de douleur, l’atmosphère est lourde et noire, et Sakis Tolis crache son mépris sur le refrain avec une intensité incroyable. Pourtant, au milieu de cette tempête, une fissure de lumière apparaît grâce au chant clair de Demetria, avec cette idée d’un cœur commun et d’une vérité encore possible. À noter aussi que certains passages de Sakis Tolis sont chantés en grec, ce qui renforce encore l’identité du morceau et l’ancre parfaitement dans les racines du groupe.
La chanson est, une fois de plus, magnifiquement mise en images par Themis. C’est le clip le plus épuré des quatre, mais il regorge toujours de métaphores et de symboles. Demetria apparaît notamment avec une sorte de voile en tulle et les yeux bandés, une image forte qui symbolise parfaitement ceux qui laissent le monde s’effondrer et brûler. Les textures rouges, presque incandescentes, m’ont d’ailleurs immédiatement fait penser à un monde qui explose, qui saigne, qui s’embrase sous nos yeux. Et la dualité entre ces séquences rouges et celles qui sont blanches renforce encore le contraste : comme une fissure de lumière au milieu du chaos, avec cette idée d’un cœur commun et d’une vérité encore possible. Sakis Tolis est également très présent dans le clip : d’abord figé, presque impassible, puis soudain explosif. Que ce soit dans l’ambiance blanche ou rouge, sa gestuelle et son interprétation imposent une tension brute, comme une colère qui ne cherche pas à se cacher.
Death Is Forever, avant-dernière piste de l’album, est probablement la chanson qui apporte une petite touche de douceur et de romantisme, même si la musique reste puissante et tranchante. C’est également le titre qui a la particularité d’être le plus court de l’album (4’50, contre 5 à 6 minutes pour le reste des chansons d’Héréditaire). C’est aussi l’un des morceaux les moins complexes de l’ensemble, avec un refrain d’une efficacité redoutable : “They rest their bones / They’re absorbed in the dirt / Death is forever / We stand here now / Look how we lay on the ground / Death is forever”.
Les couplets et le refrain sont répétés 2 à 3 fois, comme une sorte de mantra, rendant le morceau extrêmement envoûtant. Demetria déploie tout son talent de vocaliste, entre un sublime mélange de chant clair, éthéré et guttural, couplé à la puissance d’Eli et à l’effet d’un chœur en arrière-plan sur certains passages. Ce titre est un pur bonheur !
Côté texte, Death Is Forever est d’une lucidité glaciale. Le refrain martèle l’inévitable, tandis que l’image de “l’eau bénite” qui n’est même plus pure laisse une impression terrible : on cherche à se laver, à se sauver, mais rien n’efface vraiment la fin. Entre l’image des corps “absorbés par la terre” et celle du temps qui nous rend “plus froids, plus pâles, plus vieux”, le morceau laisse une sensation implacable, comme un verdict qu’on n’a pas envie d’entendre, mais qu’on ne peut pas contester.
Le voyage musical s’achève avec Maladie de l’Esprit, qui offre les derniers instants de frissons, de douce mélancolie et de rage ultime, et referme à la perfection Héréditaire. L’introduction s’ouvre de façon dramatique sur des notes de bouzouki (du moins, c’est ce qu’il me semble), ce qui rend le morceau ultra captivant dès les premières secondes. Demetria nous cueille une dernière fois avec douceur, apportant une certaine sérénité au premier couplet, avec cette ligne de basse profondément vibrante et ces notes de guitares électriques lointaines : j’en ai eu la chair de poule !
Puis tout monte progressivement en puissance à partir du refrain : “Oh aching heart, where are you tonight? / (Oh aching heart, where…) / Oh aching heart, where are you tonight? / You were meant to be that way”, avec la batterie lourde et percutante, les guitares et la basse qui accélèrent de plus en plus. Puis retour au calme avec un effet vocal qui donne l’impression de surgir d’outre-tombe, avant un déchaînement total et maîtrisé pour la dernière partie, qui s’achève sur un merveilleux “Can we make it better? / Better…” en boucle, d’abord porté par Demetria, puis rejoint par Eli.
Les paroles de Maladie de l’Esprit racontent une descente intérieure étouffante, faite de mensonges, de repères perdus et de vieilles blessures qui serrent encore trop fort.. Mais au milieu de cette noirceur, le refrain revient comme un mantra, fragile et précieux : “Soon and very soon tears shall dry” (Bientôt, et très bientôt, les larmes sécheront.)
Pour conclure cette chronique, Héréditaire est un album monstrueux, il est plus qu'un coup de coeur et c'est l’un des meilleurs que j’ai écoutés à ce jour ! Il jouit d’une richesse incroyable à tous les niveaux : musical, vocal et culturel. J’ai lu que le groupe avait poussé davantage l’expérimentation sur cet album, et cela se ressent pleinement, tout en gardant une très forte cohérence entre les morceaux. Ce sont ces différentes facettes offertes par le groupe qui m’ont totalement conquis et qui ont renforcé le coup de foudre que j’ai eu pour eux en début d’année ! Au fil des différentes écoutes que j’ai effectuées pour rédiger cette chronique, je me suis rendu compte que mes titres préférés changeaient systématiquement. Il m’est totalement impossible de choisir un ou deux morceaux plutôt que d’autres, tant l’album se montre cohérent et inspiré dans son ensemble.
Un immense bravo à Unverkalt pour ce magnifique travail et ce merveilleux album, à Demetria pour la pureté et la puissance de son incroyable voix (qui fait désormais partie de mes chanteuses préférées), à Eli pour sa fureur vocale, ainsi qu’à Themis pour son travail artistique grandiose !
Je vous mets en bonus le Live Studio Performance du titre Oath Ov Prometheus, que je trouve vraiment excellent. Joscha y rejoint Demetria et Eli pour les chœurs gutturaux, et cette performance m’a collé de gros frissons, mais m’a également donné une envie folle d’assister à l’un de leurs concerts ! Enjoy !